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Retour sur le meeting de “soutien à Joseph Kabila” ce mercredi à Goma 

Publié le : 7 October,15 à 17 h 31 min

 

Vue de la ville de Goma.

A l’instar des manifestations organisées dans tout le pays depuis la fronde du “G7”, le gouverneur du Nord-Kivu, Monsieur Julien Paluku Kahongya, a organisé ce mercredi 7 octobre 2015 un “meeting populaire de soutien à Joseph Kabila”.

Après une marche de quelque 4km depuis l’aéroport de Goma, le gouverneur s’est adressé pendant deux heures à quelque 2.000 sympathisants et autres curieux rassemblés sur la voie publique sur la Place de la République (ex Esplanade de l’ONC), en plein centre-ville de Goma. Le meeting s’est terminé vers 13 heures locale.

Grave abus d’autorité :

A travers des communiqués diffusés à la radio publique et sur d’autres médias privés de la place, la Mairie de Goma et le service du Protocole d’Etat (cabinet du gouverneur) ont exigé la fermeture de tous les marchés, commerces, services publics, entreprises et établissements publics, banques, etc. “jusqu’à la fin du meeting du gouverneur”. S’il est légitime pour le gouverneur, comme tout citoyen, de soutenir qui il veut, comme il veut, et de le manifester publiquement, il est par contre inadmissible d’user de sa position et des moyens de l’Etat dans cette démarche privée et partisane. En l’occurrence, le gouverneur Julien Paluku n’aurait pas dû recourir aux moyens de l’Etat (y compris les agents et fonctionnaires de l’Etat qui ont été enjoints de fermer leurs services pour aller l’attendre à l’aéroport depuis le matin, et ensuite participer à son meeting). Le gouverneur n’avait aucun droit d’ordonner ou faire ordonner la fermeture des activités privées et des marchés publics afin d’aller participer au meeting de son camp politique. C’est non seulement une violation grave du principe de la neutralité politique de l’administration publique, mais aussi une atteinte aux droits reconnus aux particuliers et une négation de la liberté d’opinion. Cela rappelle les tristes décennies du Parti-Etat et de la pensée unique.

Gaspillage des ressources de l’Etat et manques à gagner :

Toute cette mobilisation coûte de l’argent, et de l’argent du Trésor Public, alors que la province et le pays font face à de multiples problèmes et vivent sous perfusion internationale sur pratiquement tous les plans. Le projet de budget de l’Etat congolais pour 2016 est estimé à 8 milliards de dollar américain, soit autant que le budget annuel d’une seule université américaine ! Quant aux commerçants et autres « débrouillards » forcés de stopper leurs activités, leur manque à gagner est énorme. Ce qui implique là encore un manque à gagner pour l’Etat en termes de taxes et redevances sur les activités économiques. Tout cela pour une réunion partisane d’un camp politique !

Deux poids deux mesures et privatisation de l’Etat :

Les rassemblements et manifestations pacifiques des organisations de la société civile comme notre mouvement citoyen ou encore ceux des partis d’opposition sont constamment « interdits » ou réprimés par les autorités. Celles-ci prétextent toujours des « raisons de sécurité » ou « l’ordre public ». En réalité, elles ne tolèrent pas, ou très rarement, toute opinion différente de la leur ni toute voix critique, et utilisent tous les moyens à leur disposition pour les étouffer ou les réprimer. Mais là, comme il s’agissait d’une manifestation de la coalition au pouvoir, qui défend une certaine idée à sa convenance, la police et les services de sécurité étaient tous en alerte maximum pour assurer un déroulement sans faute du meeting. Ils ont même fermé des voies entières à la circulation.

Une mobilisation très faible malgré tout :

En dépit de toutes les pressions exercées par les autorités et les services de sécurité sur la population ; en dépit des offres d’argent, de cadeaux, de transports gratuits pour inciter les gens à venir participer à la manifestation, il n’y avait que quelque mille cinq-cents personnes à ce meeting. Parmi eux des centaines de badauds payés pour tenir les drapeaux des partis politiques et donner une impression de « masse », et des simples curieux. Une présence remarquée, tout de même : une délégation et des drapeaux du CNDP (Congrès national pour la Défense du Peuple), la funeste rébellion, ancêtre du M23. Ces deux rébellions ont, dans un passé très récent, endeuillé la province du Nord-Kivu, et leurs actions étaient présentées par Julien Paluku comme la raison principale de la non-tenue des promesses électorales de Joseph Kabila et sa « majorité » à la population congolaise.

Un discours purement politicien et irresponsable :

Le discours du gouverneur Julien Paluku, comme les autres membres de la « majorité » qui ont pris la parole, n’a consisté qu’en des accusations et des insultes contre les membres du « G7 », ainsi qu’en des louanges envers le président Joseph Kabila qui serait un « grand patriote qui a refusé la balkanisation du pays », un « grand démocrate qui a permis l’organisation d’élections dont les opposants se prévalent aujourd’hui », etc. Alors que des bombardements des hélicoptères de la Monusco près de Pinga (territoire de Walikale, Nord-Kivu) ont fait lundi et mardi plusieurs victimes parmi la population civile, aucun mot pour elles. Aucun mot non plus pour les compatriotes de Beni massacrés sauvagement et continuellement depuis un an déjà, sans que les responsables de ces massacres soient clairement identifiés, traqués, et empêchés de poursuivre leur sale besogne. Aucun mot sur la psychose en cours dans plusieurs parties de la province, à la suite d’allégations persistantes d’une possible nouvelle invasion de l’armée rwandaise sur le sol Congolais, avec la bénédiction du gouvernement. Aucun mot sur l’insécurité récurrente à Goma qui fait chaque nuit de nouvelles victimes, ou encore sur les problèmes d’eau, d’électricité, de routes de la province, etc. Enfin, aucun mot concret pour ce « messager du président de la République » pour rassurer la population de la tenue effective d’élections transparentes dans le respect des délais constitutionnels, et sans Joseph Kabila qui est à la fin de son dernier mandat constitutionnel. Un signe non seulement de mépris pour ses administrés, mais aussi et surtout une preuve d’inconséquence et d’irresponsabilité.

Au regard de tout ce qui précède, nous :

  1. Dénonçons la dérive autoritaire digne des régimes de parti et de pensée uniques, et demandons au gouverneur ainsi qu’aux autres autorités à tous les niveaux (y compris au niveau national) de mettre fin à de tels agissements anti-démocratiques, surtout en cette période pré-électorale.
  2. Félicitons la population de Goma pour sa maturité et son comportement digne, et l’encourageons à continuer à être première garante de ses droits et libertés si méprisés par les politiciens.
  3. Constatons que les « soutiens » à Joseph Kabila exprimés jusqu’ici tentent d’opposer la loyauté à sa personne à une loyauté supérieure et non-exclusive à la constitution de la République. A notre connaissance (et loin de nous l’intention de prendre fait et cause pour eux), les membres du G7 et Monsieur Moïse Katumbi ont juste demandé des garanties que le président Kabila respectera la constitution, et dénoncé un certain nombre de faits faisant croire qu’il existe une stratégie de réviser ou de ne pas respecter la constitution. Leurs inquiétudes, partagées par un grand nombre de Congolais, mériteraient des réponses sans ambiguïté, plutôt que des exclusions et des attaques.
  4. Regrettons le gaspillage des ressources de l’Etat et la corruption qui l’accompagne, au nom d’intérêts partisans et égoïstes, alors que le pays a besoin de faire des économies pour notamment financer ses élections.
  5. Exhortons le président Joseph Kabila, « garant de la Constitution », à honorer son serment en mettant un terme à toutes ces dérives faites pour et en son nom, et en assurant publiquement le Peuple Congolais de sa détermination de quitter pacifiquement et à temps le pouvoir. Ca ne lui coûte rien de s’exprimer solennellement et clairement. Par contre son silence et ses demi-mots risquent de coûter trop cher à cette Nation, qui a déjà payé un lourd tribut pour s’aligner sur le rail encore fragile de la démocratie.

Fait à Goma le 7 octobre 2015.

Pour la LUCHA,
Parfait Muhani et Phoïbe Kahambu
Militants.

 

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