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RDC : Voici des témoignages pathétiques d’enfants détenus à Angenga !

Publié le : 5 April, 2016 à 9 h 58 min

Ces témoignages des enfants de 15 à 17 ans ont été récoltés par Human Rights Watch dans la prison militaire à Angenga dans la province de Mongala. Les autorités ont affirmé que ces garçons étaient membres d’un groupe rebelle armé et les détiennent dans une prison militaire à Angenga depuis leur capture dans l’est de la RD Congo dans la première moitié de 2015. Human Rights Watch plaide pour leur libération. Ci – dessous, leurs témoignages : 

Un garçon de 15 ans a déclaré à Human Rights Watch:

Je suis rwandais. Je suis né à Mwenga [Sud-Kivu, RD Congo]. Je n’ai jamais été avec les FDLR. Un jour, je me rendais au marché pour faire des achats. En chemin, j’ai rencontré des militaires de l’armée congolaise, qui m’ont arrêté. C’était le 7 avril 2015. Ils m’ont transporté à Bukavu, puis à Goma et finalement à Angenga. Je ne sais pas ce qu’ils me veulent. Peut-être veulent-ils pouvoir dire qu’ils ont arrêté des FDLR. Je ne sais pas.

Un garçon congolais hutu, âgé de 16 ans, a déclaré avoir été arrêté à Nyamilima, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, dans la première moitié de 2015:

Pendant la guerre du M23 [2012-2013], nous nous sommes enfuis vers le camp [de réfugiés] de Nyakivale en Ouganda. Par la suite, je suis revenu avec ma mère. Un jour, alors que nous étions dans des champs, j’ai grimpé à un arbre pour cueillir une mangue. Ma mère a continué à marcher et m’a laissé derrière dans le champ. Quand je suis descendu de l’arbre, des militaires [congolais] m’ont saisi et m’ont accusé d’être avec les FDLR. Après avoir passé une semaine dans la prison de Nyamilima, j’ai été transféré à Goma, puis ici [à Angenga].

Un garçon de 16 ans a déclaré qu’il avait réussi à s’échapper des rangs des FDLR pour se rendre à l’armée congolaise dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, au début de 2015. Il a ensuite été transféré à la prison d’Angenga:

Les FDLR m’ont enrôlé de force. J’ai réussi à m’échapper deux mois plus tard. Je me suis rendu à l’armée congolaise à Kitchanga pour que les FDLR ne puissent pas me retrouver. Ils m’ont mis en prison et maintenant je suis à Angenga.

Un autre garçon de 16 ans a déclaré qu’il avait quitté les FDLR volontairement pour retourner à la vie civile, avant d’être arrêté par l’armée congolaise dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, en juillet 2015:

Auparavant j’étais avec les FDLR à Ihula, mais j’ai quitté ce groupe il y a un certain temps déjà. Je suis retourné chez moi, où j’ai eu diverses activités de petit commerce. Un jour que je me trouvais au marché, l’armée congolaise est venue m’arrêter et maintenant je suis ici [à Angenga].

Un garçon de 17 ans a affirmé que les militaires de l’armée congolaise l’avaient arrêté après qu’il les eut aidés à transporter des biens à Burungu, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, dans la première moitié de 2015:

L’armée congolaise m’a demandé de l’aider à transporter des biens à Burungu. Et quand nous sommes arrivés là-bas, ils ne m’ont pas laissé partir. Au lieu de cela, ils m’ont emmené à Goma, m’accusant d’être un combattant des FDLR.

Un garçon rwandais, âgé de 17 ans, a déclaré que les autorités l’avaient arrêté après son arrivée à Goma en provenance du Rwanda:

J’habite à Gisenyi [au Rwanda]. Un jour, je suis allé à Goma de l’autre côté de la frontière pour chercher du travail et gagner un peu d’argent comme maçon. Quand j’ai essayé de retourner [à Gisenyi], les agents [congolais] de l’immigration m’ont arrêté à la petite barrière [à Goma]. Je leur ai montré ma carte d’identité et un petit permis d’entrer, mais ils ne m’ont pas remis en liberté.

Un garçon de 16 ans a affirmé que l’armée congolaise lui avait fait croire qu’il devait se faire enregistrer auprès de la commission congolaise des réfugiés dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, au début de 2015:

J’habitais auparavant dans le village de Kilembwe. Les militaires nous ont dit que nous devions nous faire enregister auprès de la CNR [la commission congolaise chargée des réfugiés]. Mais ce n’est pas là que les soldats nous ont emmenés, en fait ils nous ont amenés dans leur camp militaire.

Que prévoient les normes juridiques internationales et l’ONU ?

Le droit international applicable en RD Congo interdit aux groupes armés non étatiques comme les FDLR d’avoir dans leurs rangs des enfants de moins de 18 ans. Ceux qui se retrouvent sous la garde des autorités ont droit à des protections spéciales. La Convention relative aux droits de l’enfant, dont la RD Congo est un État partie, exige que les gouvernements prennent « toutes les mesures possibles dans la pratique pour que les enfants qui sont touchés par un conflit armé bénéficient d’une protection et de soins », ainsi que « toutes les mesures appropriées » pour faciliter la réadaptation physique et psychologique et la réinsertion sociale des enfants qui ont été victimes de conflits armés.

Le Protocole facultatif de cette Convention concernant les enfants dans les conflits armés, que la RD Congo a ratifié en 2001, prévoit que les gouvernements « prennent toutes les mesures possibles pour veiller à ce que les personnes relevant de leur compétence qui sont enrôlées ou utilisées dans des hostilités en violation du présent Protocole soient démobilisées ou de quelque autre manière libérées des obligations militaires » et que « si nécessaire, les États Parties accordent à ces personnes toute l’assistance appropriée en vue de leur réadaptation physique et psychologique et de leur réinsertion sociale ».

L’unité de désarmement, démobilisation, rapatriement, réinsertion et réinstallation (DDRRR) de la MONUSCO est chargée de rapatrier les ressortissants étrangers sortis des rangs des FDLR ou d’autres groupes armés étrangers actifs dans l’est de la RD Congo pour effectuer leur reddition, en collaboration avec les autorités congolaises et conformément au droit international. Les membres de la MONUSCO chargés de la protection des enfants passent régulièrement au crible les combattants des groupes armés qui se rendent aux Casques bleus ou au gouvernement congolais, ou qui sont arrêtés par les autorités congolaises, pour s’assurer que les enfants soient séparés des autres et dûment protégés.

Sur la base d’entretiens de Human Rights Watch avec des représentants de la MONUSCO, il semble que le critère internationalement reconnu de la « présomption de minorité » – selon lequel l’affirmation d’un individu qu’il est un enfant est acceptée jusqu’à preuve du contraire – n’était pas pleinement appliqué à Angenga. Un représentant de haut rang a fait remarquer des problèmes potentiels avec le gouvernement congolais s’il était procédé à la libération de personnes qui se révèleraient par la suite être en fait des adultes, et aussi à cause des défis logistiques posés par la séparation et la réunification avec leurs familles de détenus supplémentaires.

SYC

Ci – Joint : 

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/04/rd-congo-des-enfants-sont-detenus-dans-une-prison-militaire-dune-region-reculee

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