Newsletters | Instagram | Dernière mise à jour le 21/05/2019
Logo sauti ya congo

RDC : Violences dans le Kasaï, « craintes et attentes » de la LUCHA au sujet du travail d’experts internationaux

Publié le : 2 July, 2017 à 6 h 30 min

Kinshasa, le 01 Juillet 2017 – Pour le mouvement citoyen « Lutte pour le Changement », ce serait honteux si les conclusions à venir de l’équipe d’experts internationaux devraient connaître le même sort que le Rapport Congo Mapping : l’absence d’actions pénales pour juger les crimes documentés. Abandonner cette tâche à la justice congolaise serait absurde, indique-t-il, compte tenu de son manque criant de crédibilité et d’indépendance. 

En conséquence : l’équipe d’experts internationaux devrait désigner les principaux auteurs et instigateurs de la violence dans la région du Kasaï; la nécessité de mettre rapidement en place un tribunal pénal international pour la RDC ou un mécanisme similiaire avec pour mandat de juger les crimes commis au Kasai et tous les autres crimes graves commis en RDC depuis 1993. Ci-dessous, l’intégralité :

1 – La résolution du Conseil des droits de l’homme autorisant le déploiement d’une équipe d’enquêteurs internationaux dans la région du Kasaï apporte une lueur d’espoir de vérité et de justice pour les victimes des violations et abus graves des droits de l’homme perpétrés dans cette région. Elle offre à la communauté internationale l’occasion de se racheter auprès de notre peuple, massacré et violenté en toute impunité depuis des décennies, en assurant que dorénavant les auteurs et les commanditaires de tels crimes, quels qu’ils soient, devront répondre de leurs actes.

2 – La LUCHA salue les efforts et l’engagement personnel du Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme ; ses équipes sur terrain pour leur travail inlassable dans des conditions souvent pénibles ; ainsi que tous les Etats, organisations et personnes qui ont soutenu l’établissement d’une enquête internationale tel que réclamé à cor et à cri par la plupart des Congolais. La mobilisation citoyenne au Congo et à travers l’Afrique a été particulièrement remarquable : que tous ceux qui ont répondu à notre appel trouvent dans cette résolution du Conseil des droits de l’homme un motif d‘encouragement et une raison de ne pas baisser les bras !

3 – Certains gouvernements, notamment africains, ont tout tenté pour bloquer l’action du Conseil des droits de l’homme sur les violences dans le Kasaï, en soutenant sans états d’âme le gouvernement congolais. Leur attitude aussi cynique qu’irresponsable démontre à suffisance le mépris qu’ils ont pour la vie et l’aspiration profonde des peuples africains dans leur ensemble à la paix, à la justice et à la dignité. Présenter une telle posture comme du panafricanisme, de l’anti-impérialisme ou du souverainisme, c’est tout simplement cracher sur les nobles idéaux défendus par Lumumba, Mandela, N’krumah, Nyerere, Sankara et bien d’autres illustres artisans du Panafricanisme. Car, comme nous l’avons rappelé, l’indifférence n’est ni africaine ni humaine !

Pire, c’est méconnaître le principe que la souveraineté appartient au peuple et non à un gouvernement, fût-il légitime et démocratique ; ce qui est loin d’être le cas en RDC. Les droits de l’homme étant universels, la communauté internationale a le devoir de les défendre et les protéger, spécialement lorsqu’un gouvernement illégitime et irresponsable persécute ou laisse persécuter « son peuple ». Au lieu de servir la cause d’une Afrique libre et respectée, la solidarité malsaine des gouvernements africains ne fait que renforcer le manque d’estime et la condescendance de certains à l’égard de notre continent.

Par ailleurs, l’attitude du groupe Africain a rappelé combien le Conseil des droits de l’homme est politisé ; presque pris en otage par des Etats voyous qui, après s’être affranchis de toute responsabilité en matière des droits de l’homme sur le plan interne, s’emploient à paralyser le système international afin de ne jamais avoir à rendre des comptes. Il est grand temps de réformer les mécanismes internationaux afin de supprimer ou atténuer les obstacles politiques à la réalisation de l’idéal d’un monde où les droits de l’homme universellement reconnus sont réellement appréciés par tous, et effectivement défendus par la communauté des Nations.

4 – La LUCHA souhaite la mise sur pied et le déploiement rapides de l’équipe d’enquêteurs internationaux sur le terrain. La communauté internationale doit doter le bureau du Haut-Commissaire et l’équipe d’enquêteurs internationaux de tous les moyens nécessaires pour mener à bien leur mission de façon indépendante et dans le temps imparti. Les enquêteurs devront être des personnes hautement qualifiées, indépendantes, et intègres. Les autorités congolaises devront se conformer à la résolution du Conseil à laquelle elles ont déclaré adhérer, en facilitant et en coopérant sans entrave, sans interférences et sans tergiversations au travail des enquêteurs internationaux.

La protection des sites et des témoins doit être prise très au sérieux, et assurée par les Nations-Unies. La protection des sites et des témoins doit commencer immédiatement, à travers la MONUSCO et le bureau conjoint des Nations-Unies aux droits de l’Homme, afin d’en assurer l’intégrité. Autant que possible, la transparence vis-à-vis de l’opinion publique nationale doit être assurée pour toute la durée de l’enquête internationale, à travers des mises à jour régulières. L’équipe d’experts internationaux devrait désigner les principaux auteurs et instigateurs de la violence dans la région du Kasaï.

5 – Quant aux résultats et aux conclusions de l’enquête internationale, la LUCHA s’inquiète du rôle attribué par la résolution à la justice congolaise dont le manque d’indépendance et de sérieux n’est plus à démontrer. Les simulacres de procès en cours à Mbuji-Mayi et Kananga sur les exécutions sommaires de Mwanza-Lomba et le meurtre des deux membres du groupe d’experts de l’ONU, l’affaire Chebeya, l’affaire de la fosse commune de Maluku, le procès des viols de Minova, l’affaire Gédéon Kyungu, les « procès » de présumés rebelles ADF-NALU à Beni, … : voilà autant d’exemples d’un pouvoir judiciaire qui a fini de se discréditer.

Comme la plupart des Congolais, nous n’avons aucune  confiance dans cette justice ! Il faut établir rapidement un tribunal pénal international pour la RDC qui sera chargé de juger les responsables des violations et abus graves des droits de l’homme et des crimes internationaux commis dans la région du Kasaï, ainsi que tous les autres crimes graves commis en RDC depuis 1993, quelles que soient la qualité, la position ou la nationalité des auteurs et commanditaires. A défaut, il faut accélérer la mise en place des Chambres Mixtes, suivant les recommandations du Congo Mapping Report. La Cour Pénale Internationale doit être la dernière option, compte tenu de la complexité et de la lenteur de ses procédures, entre autres problèmes.

6 – La LUCHA note aussi avec beaucoup d’inquiétude l’interprétation erronée que les autorités congolaises semblent déjà se faire de la résolution du Conseil des droits de l’homme, affirmant notamment qu’elles garderaient « le contrôle » des enquêtes. Manifestement, les autorités congolaises n’ont toujours pas la volonté de laisser éclater la vérité sur les violences dans la région du Kasaï, et de permettre que tous les responsables rendent des comptes un jour. La communauté internationale devrait se tenir prête à agir avec force, si d’aventure le gouvernement Congolais faisait obstruction à l’équipe d’experts internationaux ou essayait d’interférer dans son travail.

7 – La LUCHA insiste enfin que l’enquête internationale devra couvrir tous les abus et violations graves des droits de l’homme en rapport avec la crise actuelle dans la région du Kasaï, depuis sa genèse, y compris les cas déjà suivis ou jugés par la justice congolaise.

Pour la LUCHA,  la cellule de communication.

Articles Récents