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RDC : Un sondage national met en garde contre un avenir morose emprunt de nouveaux conflits

Publié le : 24 May,17 à 21 h 52 min

(Kinshasa, le 24 mai 2017) – La vaste majorité des Congolais interrogés lors d’un récent sondage considèrent que leur pays avance dans la mauvaise directe et s’attendent à de nouveaux conflits dans les mois à venir.

Le sondage réalisé par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) basé à l’Université de New York et par un institut de sondage congolais, le Bureau d’Études, de Recherches et Consulting International (BERCI), a montré que 77 % des 2 301 personnes interrogées en République démocratique du Congo en février et avril 2017 partageaient cette perspective morose.

Les autres résultats incluaient :

  • 69 % ont indiqué que le président Joseph Kabila aurait dû quitter ses fonctions le 19 décembre 2016 à la fin de la limite des deux mandats consécutifs permise par la constitution ;
  • 83 % ont répondu soutenir l’accord politique conclu le 31 décembre pour sortir de l’impasse politique du pays ;
  • L’Église catholique, sous la médiation de laquelle l’accord a été conclu, bénéficie d’une cote de confiance de 84 % ;
  • En février, 72 % des personnes interrogées ont imputé l’impasse politique à la coalition au pouvoir de Kabila, alors que 27 % l’ont imputé à la coalition d’opposition Rassemblement.

L’accord de la Saint-Sylvestre inclut un engagement à ce que des élections présidentielles aient lieu d’ici la fin de l’année 2017 et qu’aucune tentative ne soit faite pour organiser un référendum ou une modification de la constitution permettant au président de briguer un troisième mandat.

Depuis que l’accord a été conclu, les membres de la coalition au pouvoir ont invoqué à plusieurs reprises la possibilité de tenir un référendum. Peu après la signature de l’accord, de hauts responsables de la coalition au pouvoir de Kabila ont déclaré qu’ils avaient signé l’accord « sous réserve » et certains ont affirmé que l’accord n’était pas constitutionnel parce qu’il empêche explicitement l’organisation d’un référendum pour modifier la constitution. À la fin du mois de janvier dernier, une source anonyme proche de Kabila a indiqué à Jeune Afrique que l’« hypothèse [d’un référendum] doit sérieusement être discutée ». Le 16 avril, le président de la province du Nord-Kivu, appartenant au parti d’opposition modéré Union nationale des nationalistes (UNANA) a appelé à la tenue d’un référendum à la place des élections d’ici la fin de l’année, à la lumière des contraintes budgétaires.

Plus récemment, le 13 mai, le porte-parole de la coalition au pouvoir, André Alain Atundu, a appelé la classe politique du pays à ne pas ravir au peuple congolais son « droit de s’exprimer […] par référendum », après une réunion de la coalition à Kinshasa. Au cours des récentes semaines, Télé 50, une chaîne de télévision progouvernementale, a diffusé des annonces publicitaires montrant des images de violence dans certains pays africains, dont la RD Congo, mises en parallèle avec des images de référendums apparemment paisibles en République du Congo, au Rwanda et au Burundi voisins. Le narrateur affirme que les personnes dans ces pays ont « privilégié leur patrie ».

Le sondage a aussi montré que le mouvement de jeunes Lutte pour le Changement (LUCHA) bénéfice d’une cote de confiance de 65 %, alors que la répression du gouvernement à l’encontre du groupe se poursuit. Le 15 mai, quatre membres de LUCHA ont été arrêtés devant le bureau de la commission électorale (CENI) à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, lors d’une manifestation pacifique appelant à la publication du calendrier électoral. Ils ont été libérés le 21 mai. Quatorze membres d’un autre mouvement de jeunes, Collectif 2016, ont été arrêtés le 17 mai, alors qu’ils manifestaient contre le mauvais état des routes dans leur quartier à Kinshasa. Treize ont été libérés deux jours plus tard, tandis que l’un des activistes, Rossy Mukendi, est toujours détenu dans un centre de détention du renseignement militaire à Kinshasa, sans contact avec sa famille ou un avocat.

Une vaste majorité des personnes interrogées (72 %) ont indiqué qu’elles approuvaient les sanctions ciblées imposées par les États-Unis et l’Union européenne contre les hauts responsables du gouvernement et des forces de sécurité l’an dernier. L’UE et les États-Unis discutent de nouvelles sanctions, qui pourraient être annoncées dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

Le sondage du GEC et du BERCI offre un aperçu rare et instructif sur l’opinion publique congolaise. Il laisse entendre qu’il y aurait un fort support public pour sauvegarder l’accord de la Saint-Sylvestre et pour garantir l’organisation d’élections présidentielles dignes de foi d’ici la fin de l’année, alors qu’il pourrait y avoir une opposition considérable à un processus de référendum pour modifier la constitution.

Ida Sawyer

Directrice pour l’Afrique centrale

Lien de l’article : https://www.hrw.org/fr/blog-feed/la-rd-congo-en-crise

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