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RDC : Sephora, battue et emprisonnée pour un carton rouge [Témoignage]

Publié le : 3 June,17 à 17 h 06 min

À travers la République démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, ou avoir critiqué des politiques du gouvernement. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Dans une nouvelle série, Human Rights Watch s’entretient avec des détenus, et interroge des membres de familles au sujet de leurs proches derrière les barreaux, nous montrant la tragédie personnelle des arrestations et détentions arbitraires et leur énorme impact sur les familles et les amis.

Sephora Astride Bidwaya, âgée de 25 ans, est une activiste politique qui est en prison à Goma, ville dans l’est du pays, depuis plus de cinq mois. Graduée en droit de l’Université de Goma, Sephora s’est engagée en politique à l’âge de 18 ans, quand elle a rejoint l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti d’opposition, avant de devenir vice-présidente des jeunes de ce parti à Goma, chargée de la culture et du genre. Les forces de sécurité l’ont arrêtée le 19 décembre 2016, avec 11 autres membres de partis de l’opposition, lors d’une manifestation pacifique contre la décision du Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, qui prenait fin ce jour-là.

Le mari de Sephora, Blaise Mulume Vuninka, a parlé à Human Rights Watch du jour où sa femme a été arrêtée :

Le 19 décembre, j’ai été arrêté au travail. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle j’étais détenu. Ce n’est qu’après 72 heures que j’ai été informé que ma femme avait aussi été arrêtée le 19 décembre, en possession d’un carton rouge [brandi par les manifestants pour symboliser que Kabila avait fait son temps]. On m’a dit que j’avais aussi été arrêté en raison des activités politiques de ma femme. Puis le 26 décembre, j’ai finalement été libéré.

Une fois sorti de détention, Blaise Vuninka a été informé que la police avait transféré sa femme de ses cellules de détention au parquet de Goma :

Trois policiers avaient alors tiré ma femme par le pantalon. Ils lui ont donné des coups de botte dans le ventre et le dos. Pour la faire monter dans la camionnette, on l’y avait pratiquement jetée. Pendant que les autres la battaient, la colonelle l’insultait, disant : « Tu vas là-bas [à l’UDPS] pour te chercher des hommes. Tu es une sale pute ! Tu vas en avoir pour ton compte et regretter d’être descendue dans la rue ce jour-là [pour manifester]. » Je crois que ces coups sont à la base de tous les problèmes de santé qu’elle a actuellement. Quand j’y pense, j’en ai les larmes aux yeux.

Sephora Bidwaya a été transférée plus tard à la prison centrale de Munzenze à Goma, où elle est toujours détenue. Blaise Vuninka a décrit comment son état de santé se détériorait :

Deux mois avant qu’elle soit arrêtée, Sephora avait subi une opération, au cours de laquelle nous avons perdu notre premier bébé. Ses plaies n’étaient pas bien cicatrisées lors de son arrestation, et les coups ont provoqué des douleurs atroces. Elle est aussi asthmatique. En prison, elle a toujours des malaises. Elle s’est évanouie cinq fois pendant la nuit du 17 mai. … Elle dort à même le sol. L’eau à boire n’est pas potable, et les toilettes sont sales.

Sephora Bidwaya et les 11 autres manifestants détenus ont été accusés d’ « outrage au chef de l’État », mais le procès doit encore commencer en raison de questions de procédure contestées.

Blaise Vuninka a conclu :

Je me demande quand cela finira. J’ai besoin de ma femme. Elle n’a fait que porter un petit carton rouge et descendre dans la rue avec d’autres. Elle ne mérite pas tout ce qu’elle vit juste à cause d’une si petite chose.

Au cours d’une réunion à Kinshasa avec des activistes du mouvement de jeunes LUCHA (Lutte pour le changement) le 25 mai, la ministre des droits humains de la RD Congo, Marie Ange Mushobekwa, a dit que Sephora Bidwaya serait rapidement libérée. Espérons que cela sera le cas.

HRW/SYC

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