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RDC : Le Maire de Goma n’a aucun pouvoir d’interdire à LUCHA de fonctionner

Publié le : 8 December, 2015 à 18 h 48 min

Le mouvement citoyen “Lutte pour le Changement” a tenue à faire une mise au point au sujet de sa prétendue “interdiction” de fonctionner à Goma dans la province du Nord-Kivu dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Ci-dessous, l’intégralité :

Citant un communiqué du Maire de la ville de Goma daté du 03 décembre 2015, de nombreux médias relayent depuis quelques jours la rumeur selon laquelle le mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le Changement) serait désormais interdit de fonctionner. Face à l’ampleur prise par cette rumeur, nous nous sentons obligés de faire la mise au point suivante :

1. Le Maire de Goma n’a pas interdit la LUCHA et n’a aucun pouvoir pour le faire.

Le communiqué dont il est question [1] ne contient aucune interdiction pour le mouvement LUCHA de fonctionner à Goma, encore faudrait-il que le Maire ait une base légale et le pouvoir pour prendre une telle décision.

Après avoir énuméré un certain nombre de reproches qui dénotent soit de l’ignorance de la constitution et des lois de la RDC, soit de la mauvaise foi – « pas de statuts, pas d’autorisation de fonctionnement, pas de président,… » –, le Maire demande à la LUCHA de « cesser toutes activités de nature à perturber l’ordre public dans la ville de Goma. »

Ce rappel est aussi inutile que malveillant car la LUCHA n’a jamais mené d’activité contraire à la loi ou de nature à perturber l’ordre public. Le fait pour des citoyens de se mettre ensemble pour exiger pacifiquement de l’eau, des routes ; pour demander la sécurité, la justice ; pour faire un deuil des leurs massacrés à Beni… constitue peut-être un trouble à la tranquillité des autorités habituées à ne pas rendre des comptes sur leur gestion de l’Etat, mais pas un trouble à l’ordre public…dans une République digne de ce nom !

2. La législation congolaise consacre la liberté d’association et ne prescrit aucune forme obligatoire pour son exercice.

La constitution (article 37, article 22) et la loi congolaises (loi du 20 juillet 2001 sur les ASBL [2] consacrent la liberté d’association [3], sans prescrire une forme quelconque sous laquelle cette liberté doit s’exercer, sauf en ce qui concerne les confessions religieuse [4]. Les juristes diraient que la loi congolaise permet implicitement les« associations de fait ».

En d’autres mots, les Congolais sont libres de s’associer sans avoir nécessairement à rédiger des statuts, faire enregistrer l’association, adopter une forme quelconque, avoir un président, etc., à la seule condition d’observer le respecter de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs.

Fonctionner comme une association de fait n’a donc rien d’illégal en République Démocratique du Congo, et nous mettons quiconque au défi d’apporter la preuve contraire, le Maire de Goma et Monsieur Lambert Mende en premier.

3. La LUCHA a toujours agi et continuera d’agir dans le respect de la loi et de l’ordre public.

Le mouvement citoyen LUCHA est né depuis plus de trois ans avec un but incontestablement licite, et depuis plus de trois ans elle a toujours mené des actions non-violentes, dans le respect absolu de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs.

La police et les services « de sécurité » sont régulièrement responsables de troubles à l’ordre public lorsqu’ils interviennent pour réprimer des manifestations pacifiques de la LUCHA, procéder aux enlèvements et aux arrestations arbitraires de ses militants…

Paradoxalement c’est aux victimes de ces troubles à l’ordre public commis par la police et les services sous ses ordres (en ce qui concerne la ville de Goma) que le Maire a jugé bon d’adresser une mise en garde !

4. La LUCHA est organisée à sa manière, et probablement mieux que beaucoup d’organisations formelles en RDC. Le mouvement dépasse largement le seul cadre de la ville de Goma.

Exister et fonctionner comme une association de fait est un choix libre, conscient et légitime des jeunes militantes et militants de la LUCHA, qui est plus un état d’esprit et une philosophie de vie citoyenne qu’une organisation formelle. 

En effet, pour nous, le plus important pour la RDC ce n’est pas la capacité des Congolais à créer des ASBL, des ONGs, des partis politiques ; à être des « présidents » et des « coordonnateurs » ; à trouver des financements et rédiger de bons rapports,…

Mais leur volonté et leur capacité, au niveau individuel d’abord, et au niveau collectif ensuite, à contribuer concrètement à la construction d’un Congo meilleur, qui a la place et le respect qu’il mérite parmi les Nations ; un pays toujours plus uni, paisible, libre et prospère, dans lequel la dignité de chaque Congolais est une affaire de tous les citoyens et de toutes les institutions.

La LUCHA dispose d’un système unique et efficace pour éviter tout abus (notamment pour préserver son caractère non-violent, indépendant et non-partisan).

Le mouvement compte et a inspiré à ce jour plusieurs milliers de jeunes Congolais dans tout le pays, de Goma à Kinshasa ; de Bunia à Fizi ; de Kisangani à Lubumbashi ; de Mbuji-Mayi à Bukavu…, et même à l’étranger. Des jeunes de toutes origines, de toutes conditions sociales et de tous courants de pensée, qui n’ont en commun que leur amour passionné du Congo et leur détermination à reprendre leurs droits et leurs libertés confisqués depuis trop longtemps par une classe politique corrompue et surannée.

Ceux qui pensent que nous avons besoin pour cela de président et de bureaux n’ignorent pas seulement la loi, ils ont probablement un retard à rattraper sur ce siècle d’Internet et des réseaux sociaux… Nous sommes une nouvelle génération qui pense autrement, s’organise autrement et agit autrement pour réaliser un autre Congo ; un Congo Nouveau !

En conclusion,

Par son communiqué, le Maire a tout simplement cherché à créer la confusion et intimider les jeunes de Goma et d’ailleurs de plus en plus nombreux à adopter la philosophie de la LUCHA en s’engageant dans des actions non-violentes pour revendiquer leurs droits, défendre leur dignité et celle de leurs concitoyens, et à se mobiliser pour préserver la démocratie menacée par les démarches égoïstes de la classe politique.

Il n’a pas réussi et, aujourd’hui ou demain, personne ne réussira à entamer notre détermination à poursuivre la noble lutte dans laquelle nous sommes engagés pour le changement dans notre pays. La cause que nous défendons est beaucoup trop importante pour se laisser museler par quelque manœuvre que ce soit.

La LUCHA continuera à fonctionner, à Goma et ailleurs et ses actions demeureront non-violentes et respectueuses de la loi et de l’ordre public.

Il est naturel que ceux qui profitent de la prédation du Congo soient hostiles à toute idée de changement voulu et mené par des citoyens déterminés et échappant aux moyens de contrôle autoritaire habituels (corruption, proposition de postes, décapitation des organisations par l’emprisonnement ou l’assassinat de leurs leaders, …).

La LUCHA appelle les Congolaise à ne pas avoir peur de s’engager dans la lutte non-violente pour revendiquer leurs droits, défendre leurs libertés, en particulier en cette période de dure épreuve pour notre fragile démocratie. Ceux qui luttent pour une cause juste auront toujours Dieu, la loi et l’histoire de leur côté !

Fait le 08 décembre 2015, à Goma.

Pour la LUCHA – Lutte pour le Changement,

Luc Nkulula wa-Mwamba,

Militant.

[1] Télécharger ce « communiqué officiel » du Maire ici : https://drive.google.com/file/d/0B0r114rrPo25WXlmdW5IWUthSDA/view?usp=sharing

[2] Loi disponible ici : http://www.leganet.cd/Legislation/Droit%20Public/loi0042001.20.07.2001.asbl.htm

[3] La liberté d’association est aussi consacrée par de nombreux instruments juridiques internationaux auxquels la RDC est Partie (notamment le Pacte International sur les droits civils et politiques, la déclaration universelle des droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, etc.).

[4] Article 48 de la loi du 20 juillet 2001 précitée.

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