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RDC : Joseph Kabila devrait s’engager à quitter ses fonctions et à mettre fin à la répression

Publié le : 18 December,16 à 11 h 03 min

(Kinshasa) – Le président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila devrait s’engager publiquement, avant la fin de son second mandat intervenant le 19 décembre 2016, à respecter la constitution et à quitter ses fonctions, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. S’il n’agit pas ainsi, on assistera probablement à une recrudescence de violences graves et d’abus de la part du gouvernement dans les jours et les semaines à venir.

La répression exercée par le gouvernement contre les activistes, les leaders de l’opposition politique, les manifestants pacifiques et d’autres personnes qui s’opposent aux tentatives de prolongation de la présidence de Kabila s’est intensifiée au cours des derniers mois, a indiqué Human Rights Watch. Les pourparlers en cours entre l’opposition et la coalition au pouvoir, avec le concours de l’Église catholique, n’ont pas permis de sortir de l’impasse politique, alors que Kabila a refusé à plusieurs reprises de déclarer si et quand il se retirerait du pouvoir.

« Il existe un risque sérieux de voir la RD Congo senfoncer dans une violence généralisée et dans le chaos au cours des prochains jours, avec de possibles répercussions dans toute la région », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Le président Kabila est la seule personne qui peut empêcher cela, en prenant lengagement public clair de quitter ses fonctions et en mettant fin à la répression brutale exercée par les personnes sous son commandement. »

Des Congolais à travers le pays sont en train de se mobiliser pour des manifestations à grande échelle qui commenceront le 19 décembre pour faire pression sur Kabila afin qu’il se retire du pouvoir. De plus, des leaders de groupes armés dans l’est du pays ont déclaré que l’armée et la police ne seront plus « légitimes » après le 19 décembre, accentuant le risque de conflit armé. Les forces de sécurité nationales fragilisées pourraient se diviser si Kabila compte sur la force pour se maintenir au pouvoir, et les pays voisins de la RD Congo pourraient s’impliquer, comme ils l’ont fait au cours de précédents conflits armés en RD Congo.

Dans tout le pays, des responsables du gouvernement ont interdit à plusieurs reprises les manifestations de l’opposition et les forces de sécurité ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles réelles sur les manifestants pacifiques. Au cours de l’une des répressions les plus meurtrières, dans la capitale, Kinshasa, du 19 au 21 septembre, les forces de sécurité ont tué au moins 66 manifestants, d’après les recherches de Human Rights Watch, et possiblement beaucoup plus alors que les manifestants protestaient contre l’absence d’annonce des élections présidentielles par la commission électorale. Certains ont été brûlés vifs lorsque la Garde républicaine a attaqué les sièges de partis d’opposition. Les forces de sécurité ont emporté les corps de nombreuses victimes. Certains ont été jetés dans le fleuve Congo et retrouvés plus tard échoués sur ses rives.

Au cours des trois derniers mois, Human Rights Watch s’est entretenu avec plus de 75 victimes, témoins, membres des forces de sécurité et autres personnes sur la répression de septembre et ont reçu des allégations crédibles concernant plus de 30 personnes supplémentaires tuées par les forces de sécurité.

Depuis janvier 2015, les autorités congolaises ont arrêté de façon arbitraire des dizaines d’activistes et de leaders de l’opposition. Les services de renseignements ont détenu certains d’entre eux au secret pendant des semaines ou des mois et leur ont fait subir de mauvais traitements ou les ont torturé, alors que d’autres ont été jugés sur la base d’accusations forgées de toutes pièces. Le gouvernement a fait fermer des médias congolais proches de l’opposition ; au moins six d’entre eux sont toujours bloqués. Le signal de Radio France Internationale (RFI), le média d’information international le plus important en RD Congo, est coupé à Kinshasa depuis le 5 novembre dernier.

L’un des manifestants de septembre a raconté à Human Rights Watch que des soldats l’ont arrêté le 19 septembre, l’ont fait monter dans un camion de l’armée et l’ont conduit à travers Kinshasa pendant plusieurs heures. Il a dit avoir vu les soldats tirer sur un groupe de manifestants pacifiques à proximité de leur camion : « Lorsque nous sommes passés à côté dun groupe de jeunes hommes rassemblés, ils ont commencé à tirer. Tu lui as tiré dans la nuque, mais il nest pas mort” a dit lun des soldats. Tire encore, a dit lautre. »

Certains manifestants à Kinshasa ont eu recours à la violence, frappant à mort ou brûlant vifs au moins quatre agents de police et un passant. Ils ont aussi brûlé et vandalisé des postes de police, un tribunal, des caméras de surveillance publique, des boutiques tenues par des Chinois, des bâtiments associés à des responsables du parti de la majorité et d’autres lieux considérés comme proches ou représentatifs de Kabila et de son gouvernement. Human Rights Watch a constaté que des agents de police et des membres des ligues de jeunes mobilisés par des responsables du parti au pouvoir et par des officiers des forces de sécurité ont aussi été impliqués dans les violences et les pillages.

Après les manifestations de septembre, les autorités ont interdit les réunions et les rassemblements politiques à Kinshasa. À plusieurs occasions lorsque l’opposition politique ou des groupes de jeunes pro-démocratie ont tenté d’organiser des manifestations ou des rassemblements, les forces de sécurité ont lancé des gaz lacrymogènes pour disperser les participants, ont arrêté les organisateurs ou encerclé les domiciles des leaders de l’opposition pour les empêcher de sortir de chez eux. Des assaillants non identifiés ont également attaqué les domiciles de plusieurs leaders de l’opposition au cours des dernières semaines.

Plus de 100 activistes de la jeunesse pro-démocratie, représentants des ligues de jeunes de l’opposition, musiciens et journalistes ont été arrêtés depuis octobre à Kinshasa, Lubumbashi, Goma et Bunia – la plupart, alors qu’ils organisaient les manifestations planifiées ou qu’ils mobilisaient des participants. Au moins une dizaine d’entre eux est toujours en détention.

« Les partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo devraient se mobiliser aux plus hauts niveaux dans les jours prochains pour contribuer à ce que la situation ne devienne pas incontrôlable », a poursuivi Kenneth Roth. « Des messages clairs devraient être transmis au président Kabila, pour lexhorter à sengager publiquement à quitter le pouvoir et à sassurer que les forces de sécurité fassent preuve de la plus grande retenue. Les partenaires du pays devraient aussi signaler quun changement est à prévoir dans leurs relations avec la RD Congo si Joseph Kabila se maintient au pouvoir par la force. »

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