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RD Congo : Des meurtres postélectoraux constituent un test pour le nouveau président

Publié le : 15 February, 2019 à 23 h 00 min

L’administration Tshisekedi devrait enquêter et poursuivre les responsables en justice

(Kinshasa) – La nouvelle administration de la République démocratique du Congo devrait faire la preuve de son engagement en faveur des droits humains, en lançant une enquête impartiale sur les meurtres d’au moins 10 personnes par les forces de sécurité lors de manifestations postélectorales le 10 janvier 2019 et en engageant des poursuites contre leurs responsables. La plupart des personnes tuées et blessées ce jour-là protestaient après l’annonce controversée de la victoire de Félix Tshisekedi à l’élection présidentielle qui s’était tenue le 30 décembre 2018.

Le 10 janvier, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’organe congolais chargé de superviser les élections, contrôlé par l’État, a déclaré Tshisekedi, un candidat de l’opposition, président à titre provisoire. Cette annonce contredisait des données ayant fait l’objet de fuites et émanant de la commission elle-même ainsi que de la mission d’observation de l’Église catholique selon lesquelles un autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu, avait obtenu environ 60% des voix. Les partisans de Fayulu, appartenant à un large éventail de partis politiques, ont alors commencé à manifester dans de nombreuses villes à travers la RD Congo. Quoique certains manifestants se soient livrés à des violences, les forces de sécurité ont souvent répondu avec une force excessive, y compris une force létale non justifiée.

« Bien que ces meurtres aient été commis avant son entrée en fonction, la réponse qu’apportera le président Tshisekedi aux violences postélectorales constitue un premier test important pour son administration », a déclaré Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Après des années de répression brutale de la part du gouvernement sous son prédécesseur Joseph Kabila, Tshisekedi devrait démontrer que les victimes d’abus et leurs familles peuvent obtenir justice. »

Human Rights Watch a interrogé 66 personnes, dont des témoins des violences du 10 janvier, des victimes et des membres de leurs familles, des activistes, des journalistes, des travailleurs sociaux et des dirigeants de partis politiques.

Les forces de sécurité ont blessé des dizaines de personnes lors des manifestations ayant suivi l’annonce des résultats provisoires de l’élection. Au moins 28 personnes ont été blessées par balles à Kikwit, à Kananga, à Goma et à Kisangani, lorsque les forces de sécurité ont dispersé les manifestants.

À Kikwit, dans la province de Kwilu, l’un des fiefs électoraux de Fayulu, les forces de sécurité ont tué par balles cinq personnes le 10 janvier. À 5h00 du matin, des militaires ont abattu un conducteur de moto-taxi qui s’était approché d’un barrage de l’armée et n’avait pas obéi à l’injonction de faire demi-tour, selon trois activistes des droits humains. Les militaires ont tué vers 11h00 un autre homme, qui se dirigeait vers un camp de l’armée pour obtenir la remise en liberté d’un animateur de radio qui y était détenu. Trois des personnes tuées étaient des passants, selon les membres de leurs familles : deux garçons de 17 ans et un homme de 42 ans qui a reçu une balle dans la tête alors qu’il se dirigeait vers l’hôpital pour faire un don de sang pour sa nièce malade. Lors d’affrontements ce jour-là entre manifestants et forces de sécurité à Kikwit, au moins 22 protestataires ont été blessés par balles, et 16 agents de police et 3 militaires ont été blessés par des jets de pierres.

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