Mise à jour le 19 August,19 à 16 h 34 min

Les violences post-électorales perpétrées à Kikwit ne doivent pas demeurer impunies !

Publié le : 11 June,19 à 15 h 26 min

Il y a nécessité que justice soit faite et que la rigueur de la loi soit imposée afin de panser les profondes plaies qu’endurent encore les populations victimes

À la suite de la proclamation le 10 janvier 2019 des résultats provisoires du scrutin présidentiel en République démocratique du Congo, des tensions ont élu domicile dans la ville de Kikwit, province du Kwilu. Neufs civils ont été tués, dans la plupart des cas abattus par des membres des forces de sécurité au cours d’affrontements ayant opposé la jeunesse de Kikwit qui revendiquait la victoire électorale de son candidat et les forces de l’ordre de cette ville renforcées par celles venues de Kinshasa. Au moins 11 personnes ont été blessées, la plupart au cours de ces affrontements, et ont dû être hospitalisées. Quatre policiers et militaires sont également morts, dans des circonstances qu’il reste à éclaircir. Des manifestants ont aussi commis des actes d’incivisme tant sur les éléments de la PNC ou des FARDC que sur les bâtiments et autres édifices publics qui ont été saccagés voire des biens pillés au nombre desquels les bureaux des quartiers et les sièges des partis politiques PALU et celui du Ministre LUMEYA DU MA LEGHI mis à sac.

Ces évènements ont coïncidé avec une évasion de prison à Kikwit. Nous sommes sans nouvelles de près de 122 prisonniers, dont certains présumés morts.

Ces conclusions sont le fruit d’une mission de recherche conduite à Kikwit par la présente équipe d’experts issus de la société civile en février. Les enquêteurs ont mené des entretiens avec des témoins et victimes de violations des droits humains, des membres de leurs familles, ainsi qu’avec des activistes et leaders locaux.

Cette situation a entrainé une vague de fausses informations et de manipulations à travers les réseaux sociaux qui ont fait abusivement et fallacieusement état de regain de haine tribale avec comme conséquences des violences perpétrées sur les originaires du grand Kasaï par les autochtones de Kikwit.

Une psychose généralisée et un clivage viscéral ont ainsi gagné le terrain à Kikwit comme à Kinshasa parmi les communautés respectives du grand Kasaï et du grand Bandundu.

Quant aux allégations de ladite haine tribale et desdits conflits inter éthiques entre autochtones et Kasaïens de la ville de Kikwit, l’enquête indépendante a abouti aux constats suivants: (i) aucun originaire de l’espace Kasaïen n’a fait partie  des morts, des disparus et des blessés identifiés dans la ville de Kikwit, (ii) la majorité des originaires du Kasaï interviewés méconnaissent des faits de violence, de quelque type que ce soit, perpétrés par les autochtones de Kikwit à leur endroit, la majorité des Kasaïens résidant à Kikwit refusent de retourner au Kasaï étant donné qu’ils s’estiment chez eux tant à Kikwit que dans le reste du territoire du Kwilu autant que tout Kikwitois le serait sur l’espace Kasaïen. Ceux-ci avouent du reste, bénéficier de l’hospitalité des Kikwitois qui leur ont même cédé des terrains pour des travaux champêtres : « Nous sommes chez nous et nous nous sentons mieux ici qu’au Kasaï » déclarent certains originaires du Kasaï interrogés, (iii) les allégations des conflits interethniques liés aux résultats de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 dans la ville de Kikwit ont été fallacieuses et surdimensionnées par ceux qui voulaient, certes, en faire un fonds de commerce au plan politique.

Par ailleurs, des corps sans vie ont été aussi repêchés le 12 janvier 2019 sur la rivière Kwilu dont 3 corps seraient identifiés comme détenus de la prison de Kikwit récupérés au niveau de la cité de Bulungu et enterrés par leurs familles respectives ainsi que 13 corps sans identité aperçus aux alentours des cités de Lusanga et Bulungu non récupérés. Pour ces derniers cas, la population et en particulier les pécheurs ont eu peur des représailles qu’exerceraient certains services publics et les forces de l’ordre.

A l’issu de l’enquête menée, le consortium recommande ce qui suit :

Au Président de la République, Chef de l’Etat :

  • D’ordonner une enquête indépendante visant à identifier les victimes de la violence post-électorale dont les statistiques seraient au-delà de celles révélées mais aussi celles dont les corps ont été retrouvé sur la rivière Kwilu, à déterminer et poursuivre les auteurs de ces tueries, enlèvements et violations des droits humains perpétrés à cette occasion ;

  • De faire preuve d’attention particulière à l’endroit de la population de Kikwit victime de ces exactions en inscrivant en priorité cette question dans son agenda d’urgence, notamment en programmant dans un bref délai, un voyage de compassion et de réconfort dans cette ville. Sa présence physique parmi cette population contribuerait à panser les plaies de ladite population, le réconcilierait à coup sûr avec elle et impulserait une adhésion réelle à son pouvoir ;

  • D’enjoindre, en tant que Commandant Suprême de l’armée et la police, l’interpellation de l’autorité militaire et policière de la ville de Kikwit sur ces violences. Car, nous avons recueilli des témoignages attestant des attitudes et comportements revanchards et de triomphalisme de la part des militaires et policiers qui se vantent avoir commis des tueries sans avoir écopé aucune sanction de la part de l’Etat. La population s’exprime ainsi être abandonnée et non-protégée.

Aux acteurs politiques et sociaux :

  • De mettre fin à l’exploitation malveillante et à des fins politiciennes, les pseudo-conflits interethniques post-électoraux entre Kikwitois et Kasaïens résidant dans la ville de Kikwit et/ou la province du Kwilu. Le cas le plus récent est celui d’une députée nationale originaire du Kasaï qui est revenue sur ces fausses allégations sans en donner des preuves fiables. Ces discours politiciens négatifs nuisent à la cohabitation et à la cohésion intercommunautaire entre ces deux peuples et au-delà, à la réconciliation, l’unité et la paix auxquelles tient le Chef de l’Etat comme gage de la stabilité et de l’efficacité de son action.

A la population du Kwilu en général et de Kikwit en particulier :

  • De renoncer à la violence et d’adopter des comportements et pratiques citoyens responsables, notamment la tolérance politique, la paix, l’unité, le respect des biens publics ainsi que la cohésion communautaire et la cohabitation interethnique pacifiques. Le contexte sociopolitique actuel du pays nécessite la mutualisation des efforts et la participation de tous les citoyens à son développement social.

Fait à Kinshasa, le 11 juin 2019

Pour le Consortium

Gérard BISAMBU/AETA

Guy MUDUMBULA/CRONGD-Kinshasa

Pius MBWES/COASE

Hélène MBOMBO/OCAP-Kwilu

Luc LUTU/OCAP -Kwilu

 

Télécharger : LE COMMUNIQUE DE PRESSE

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