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Ida Sawyer : « Il faut une forte pression sur Kabila pour mettre fin des violations et organiser en urgence des élections crédibles»

Publié le : 10 June,17 à 19 h 39 min

Intervenant à la conférence tenue le 7 juin dernier au Parlement Européen, la Directrice Afrique Centrale de Human Rights Watch, Ida Sawyer a plaidé pour la nécessité pour la communauté internationale d’accentuer la pression sur le Président Joseph Kabila pour parvenir à mettre fin aux violations massives des droits de l’Homme et à l’organisation urgente des élections crédibles en RD Congo.  

Cette intervention s’est inscrite dans la droite ligne avec le thème de la conférence axé sur : « le Processus démocratiques et impasses politiques dans la région des Grands Lacs : Quel rôle pour l’UE et la communauté internationale ? ».

Pour ce, Ida Sawyer part d’un constat déplorable selon lequel dans la région des Grands Lacs, des dirigeants ont tenté de maintenir une démocratie de façade –en organisant des élections ou tout au moins en parlant d’en organiser – bafouant dans le même temps les droits fondamentaux et les libertés qui fondent la base de toute réelle démocratie, prêts – selon toute apparence – à recourir à tous les moyens nécessaires pour rester au pouvoir. C’est dans ce cadre qu’elle évoqué la situation du Burundi et du Rwanda.  Ci-dessous, l’extrait sur la RD Congo :

« En République démocratique du Congo, le président Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir en retardant la tenue des élections et en supervisant une répression brutale contre ceux qui l’appelaient à quitter ses fonctions. Au terme de beaucoup d’effusion de sang et d’une période de répression politique d’une durée de deux ans ayant mené au 19 décembre 2016, date butoir à laquelle le second mandat présidentiel a pris fin conformément à la constitution, les participants aux négociations menées par l’entremise de l’Église catholique ont signé un accord le 31 décembre 2016. Cet accord prévoyait un engagement clair sur la tenue d’élections présidentielles avant fin 2017, sur le fait que Joseph Kabila ne briguerait pas un troisième mandat et sur le fait qu’il n’y aurait pas de référendum visant à changer la constitution. Alors que beaucoup espéraient que cet accord constituerait une étape importante sur le chemin menant à la première transition démocratique de la RD Congo depuis l’indépendance, la perspective de la tenue d’élections démocratiques en RD Congo d’ici la fin de l’année semble s’éloigner toujours un peu plus. Non seulement la coalition au pouvoir en RD Congo défie certains principes clés de l’accord de la Saint-Sylvestre, mais les forces gouvernementales exercent une répression politique effrénée et commettent des violations à grande échelle des droits humains. L’absence de mise en œuvre de l’accord commence à s’apparenter à une nouvelle tactique visant à maintenir le président Kabila au pouvoir. Au cours d’une récente et rare interview accordée au magazine allemand Der Spiegel, Joseph Kabila n’a pas exclu la possibilité d’un troisième mandat, et il ne s’est pas clairement engagé sur la date de la tenue d’élections.

Les nouvelles sanctions ciblées annoncées la semaine dernière par l’UE contre un chef de milice et huit hauts fonctionnaires du gouvernement et des forces de sécurité, notamment le responsable de l’agence de renseignements et deux ministres gouvernementaux, ont envoyé un message fort, à savoir qu’il y a des conséquences à la répression gouvernementale, aux violations graves des droits humains et aux retards dans la tenue des élections.

Les nouvelles sanctions américaines annoncées quelques jours plus tard ont contribué à afficher un front uni de la part des principaux bailleurs de fonds occidentaux de la RD Congo. Or, il semble rester davantage à faire pour faire peser une pression suffisante sur Joseph Kabila. Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait également imposer des sanctions ciblées à l’encontre des individus responsables de graves abus des droits humains et l’Union européenne et les États-Unis devraient se tenir prêts à imposer des sanctions supplémentaires si la situation ne s’améliore pas, remontant la chaîne de commandement et ciblant les intérêts commerciaux des responsables des abus et des retards dans la tenue des élections.

L’Union africaine et les responsables régionaux devraient aussi faire pression sur Joseph Kabila pour qu’il cesse les violations et qu’il organise des élections crédibles de toute urgence. »

SYC

Lien de l’article paru dans le blog de HRW : https://www.hrw.org/fr/news/2017/06/07/processus-democratiques-et-impasses-politiques-dans-la-region-des-grands-lacs-quel

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