Ida Sawyer : “l’activisme n’est pas un crime”

En République démocratique du Congo, les autorités ont arrêté sept activistes mercredi dans la ville de Goma, dans l’est du pays, après un sit-in devant la MONUSCO, la mission de maintien de la paix de l’ONU. Les activistes avaient présenté un mémorandum appelant à la libération de leurs collègues activistes détenus dans la capitale, Kinshasa, entonné des chants de protestation, et affiché des banderoles avec des messages tels que « Libérez nos amis » et « L’activisme n’est pas un crime ».

« Nous chantions de manière pacifique devant la MONUSCO », a déclaré à Human Rights Watch un activiste du mouvement citoyen Filimbi qui a échappé à l’arrestation. « Quand nous commencions à partir, des policiers sont arrivés et nous ont encerclés. Puis ils sont venus vers nous et nous avons couru vers la base. Ils ont alors arrêté sept personnes parmi nous et les ont emmenées à bord d’une jeep privée. »

L’un des activistes détenus a déclaré qu’ils avaient été emmenés au poste de police de la mairie, où des policiers leur ont donné des coups de pied et ont frappé certains d’entre eux à coups de crosse.

Les activistes des mouvements de jeunes Filimbi et LUCHA RDC Afrique – Christophe Muissa, Patrick Kambale Nguka, Eustache Hangi Kyaviro, Jackson Lumoo Hangi, Urbain Mesi Mumbere, Espoir Muhimuka et Emmanuel Binyenye – ont été libérés plus tard dans l’après-midi.

Les activistes avaient organisé ce sit-in pour soutenir Carbone Beni, le coordinateur national de Filimbi, ainsi que les activistes de Filimbi Grâce Tshunza, Mino Bompomi, Cédric Kalonji et Palmer Kabeya qui comparaissaient devant un tribunal à Kinshasa ce jour-là. Détenus depuis décembre, ils sont accusés notamment d’ « outrage au chef de l’État » et de « trouble à l’ordre public par la propagation des fausses informations ».

Au cours des procédures judiciaires, observées par Human Rights Watch, les avocats des activistes ont réfuté ces accusations, indiquant que les activistes avaient seulement relayé un message du Comité laïc de coordination (CLC) de l’Église catholique, qui avait appelé à une marche pacifique le 31 décembre pour protester contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà des deux mandats que lui autorise la Constitution. Les autorités congolaises ont brutalement réprimé cette marche ainsi que deux autres marches qui ont suivi.

La défense a également soutenu que les déclarations faites par les prévenus sous la torture alors qu’ils étaient détenus au secret devaient être considérées comme nulles et non avenues. Le tribunal a rejeté leur requête, invoquant des motifs de procédure.

La mise en liberté provisoire avait auparavant été refusée aux activistes, malgré la détérioration de l’état de santé de Beni. Leur procès doit reprendre le 19 juillet.

Les autorités devraient enfin mettre fin à leurs souffrances, abandonner ces accusations motivées par des considérations politiques et les libérer.

Ida Sawyer

Directrice adjointe, division Afrique de Human Rights Watch

RDC : l’UNPC exige des sanctions contre le militaire ayant séquestré deux journalistes à Bukavu

Bukavu, le 13 juillet 2018 – L’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) section du Sud-Kivu a exigé des sanctions sévères contre le militaire qui a procédé, samedi 7 juillet 2018, à l’arrestation et la séquestration des journalistes Ghislain Watongoka et Ronely Ntibonera. Des actes qu’il condamne avec la plus grande fermeté.

Dans un message relayé par la presse locale, le vice-président provincial de l’UNPC, Gaël Mpoyo rappelle au gouverneur du Sud-Kivu, Claude Nyamugabo, sa promesse de veiller au libre exercice de la liberté de la presse à travers la province.

« Nous condamnons avec fermeté et exhortons le gouverneur du Sud-Kivu, qui a reçu y a quelques mois un diplôme de protecteur des Journalistes de la part de l’Union Nationale de la Presse du Congo de s’impliquer pour une réparation et que les commanditaires répondent de leurs actes devant les instances judiciaires et que ça serve d’exemple », a – t – il indiqué.

 A la Justice militaire et à sa hiérarchie, l’Union Nationale de la Presse du Congo demande des sanctions sévères contre cet élément et menace de recourir aux actions d’envergure pour ces journalistes soient remis dans leurs droits.

Les deux journalistes exerçant à Bukavu ont été arrêtés puis séquestrés pendant deux heures par un officier des forces armées de la RDC, non loin de l’hôtel La Roche situé sur l’avenue Nyofu samedi dernier alors qu’ils couvraient une actualité sur un conflit foncier.

SYC

IRDH : “le peuple congolais ne peut s’accrocher à un processus électoral incertain”

Lubumbashi, le 30 Juin 2018 – Les chercheurs du Projet d’Application des Droits Civils et Politiques (PAD-CIPO) demandent au Président de la République de réconforter le processus électoral, car la population ne peut s’accrocher à une situation incertaine. A l’instar de l’Eglise Catholique, l’IRDH estime qu’il est urgent de rassurer l’alternance politique, pierre angulaire de la démocratie et de l’Etat de droit, en toute responsabilité devant la Nation, au regard de la Constitution et de l’Accord de la Saint Sylvestre.

Afin de permettre au peuple congolais de s’accrocher au processus électoral, les chercheurs de l’IRDH recommandent à Joseph Kabila d’évacuer la série d’incertitudes, en disant sans tergiverser que :

1. Il n’est pas candidat à un troisième mandat présidentiel, contrairement à la campagne amorcée par son parti politique et les tentatives des membres de l’actuel Gouvernement mu en coalition électorale ;
2. Il respecte les Accords de la Saint Sylvestre, en libérant les prisonniers politiques emblématiques et en arrêtant le harcèlement judiciaire dénoncé par les évêques Catholiques ;
3. En tant que Garant de la Nation, il écoute les critiques de la population contre la machine à voter et invite la CENI à rétablir la confiance avec celle-ci, en abandonnant ce projet.

En effet, rappellent – ils, dans son message du 30 Juin 2018 (la nuit du 29), le Président de la République a invité la classe politique et toutes les forces sociales à s’impliquer dans les élections en vue de consolider la jeune démocratie.

Cependant, l’incertitude se lit dans les messages des autres institutions publiques appelées à rassurer la population.

“Le jour même du discours du Président de la République, le Président OLENGA NKOY Joseph du Conseil National du Suivi de l’Accord (CNSA) a semé le doute sur ledit processus, en invitant quiconque détiendrait des informations sur « la dangerosité de l’utilisation de la machine à voter et de son caractère peu fiable», à contacter son institution, au plus tard le 2 juillet. On ne peut amorcer une investigation, sans renseignements préalables sur le crime”, indique le communiqué officiel de l’IRDH.

Le 22 juin 2018, poursuit le même communiqué, le Président de la CENI, Monsieur NAANGA Corneille, répondant à une question de la Radio France Internationale (RFI) relative à la crise de confiance sur le processus électoral, il dit que sa mission n’est pas de créer la confiance avec la population. Ceci revient à dire qu’il ne se préoccupe pas de la population appelée ce jour à s’accrocher audit processus.

Le 07 juin 2018, le Porte-Parole du Gouvernement rapporte que le Conseil de Ministres a peaufiné une stratégie de création d’une coalition politique électorale (Front Commun pour le Congo, FCC) préoccupée par la conservation du pouvoir.

Les chercheurs de l’IRDH se demandent comment le Gouvernement, Pouvoir Exécutif de la République servira la population, si sa mission devient la conquête du pouvoir « démocratiquement », mission dévolue aux parties politiques.

Par ailleurs, en dépit du fait que la Constitution interdit au Président en exercice de postuler pour un troisième mandat, le Secrétaire Général de son parti politique harangue des foules les incitant à soutenir une troisième candidature de KABILA à sa propre succession, sans que le Parquet Général n’ouvre une enquête judiciaire pour incitation à la trahison, appel du public à violer la Constitution ou rébellion contre l’ordre constitutionnel.

SYC