Plaidoyer en vue de la libération de Fred Bauma et Yves Makwambala

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Une délégation du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a séjourné à Kinshasa au cours des deux dernières semaines  dans le cadre d’une mission de plaidoyer pour la libération de Fred Bauma et Yves Makwambala, respectivement militant de la Lucha et webmaster du collectif Filimbi.

Au cours de cette mission, la délégation de la Lucha a  eu des échanges francs et fructueux avec différents responsables politiques au sein du Parlement et du Gouvernement, y compris avec le Cabinet du Président de la République. Elle a également rencontré des responsables de l’opposition. Nous nous sommes par ailleurs entretenus avec de nombreuses organisations de la société civile et des représentations diplomatiques, notamment africaines. En outre, une synergie constituée principalement d’organisations congolaises de défense des droits de l’Homme a été mise en place afin de défendre le droit à la liberté d’expression.

La délégation a  profité de ce séjour pour déposer officiellement, conjointement avec d’autres organisations non-gouvernementales congolaises, une plainte auprès de la toute nouvelle Commission Nationale des Droits de l’Homme pour détention illégale. Les attentes des Congolais vis-à-vis de cette Commission sont très grandes, surtout dans un pays où le Pouvoir Judiciaire est complètement discrédité à force d’être instrumentalisé. La manière dont la Commission Nationale des Droits de l’Homme traitera ce premier dossier soumis à sa juridiction démontrera sa réelle volonté et sa capacité à accomplir sa noble mission. De son indépendance et son professionnalisme dépendra la confiance que nos concitoyens et la communauté internationale peuvent lui faire.

Fred Bauma et Yves Makwambala sont accusés “d’avoir comploté contre la vie ou la personne du chef de l’État, d’avoir tenté de détruire ou de changer un régime constitutionnel, d’avoir incité des personnes à s’armer contre l’autorité“. Tout cela pour avoir simplement pris part à un atelier sur l’engagement citoyen des jeunes organisé en mars dernier en marge du lancement du collectif Filimbi à Kinshasa, et dont les autorités avaient été régulièrement informées.

Depuis leur arrestation, plusieurs organisations et personnalités n’ont cessé de demander leur libération. Au mois de juin, l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo avait adopté en plénière une Résolution prônant une « solution politique », et avait constitué une Commission ad hoc pour faire le suivi de cette résolution auprès du gouvernement. En juillet, le Parlement européen, à l’instar de l’Assemblée nationale congolaise, avait adopté une résolution exigeant la libération de Fred et Yves, ainsi que d’autres prisonniers d’opinion en RDC. Quelques jours plus tôt, le président de la République, au cours de sa rencontre avec le Directeur exécutif de Human Rights Watch, Monsieur Kenneth Roth, avait lui aussi exprimé sa disposition à voir Fred et Yves être libérés. Mais plus de sept mois après leur arrestation, ils restent en prison.

Nous considérons pour notre part leur détention comme injuste et indigne. Elle constitue une atteinte grave à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Leur détention au secret pendant 50 jours à l’Agence Nationale des Renseignements, les charges retenues contre eux par le porte-parole du gouvernement et endossées ensuite par la Justice, c’est autant d’évidences qu’il s’agit pas plus ni moins d’une affaire politique.

Nous demandons au Président de la République, Garant de la Constitution, d’instruire le Parquet Général de la République afin qu’il soit ordonné :

  • la libération de nos deux camarades ;
  • l’abandon des charges contre tous les jeunes militants poursuivis dans ce dossier ;
  • l’abandon des charges contre eux comme ce fut le cas pour nos collègues du Balai Citoyen et du Mouvement Y’en a Marre arrêtés en même temps que Yves et Fred, mais libérés quelques jours plus tard sur ordre du Président de la République.

Nous demeurons attachés à  l’engagement non-violent pour la démocratie, la justice sociale et la dignité humaine, en particulier en cette période cruciale pour l’essor démocratique de la République Démocratique du Congo.

Fait à Kinshasa, le 21 octobre 2015.

Pour la LUCHA (Lutte pour le Changement, mouvement citoyen),

Luc Nkulula wa-Mwamba,

Militant.

Nord-Kivu, Rép. Dém. du Congo

Tel.: +243 99 4645 977

Email: lucha.rdc@gmail.com

http://www.congolucha.org

Twitter: @luchaRDC

Page Facebook : www.facebook.com/lucha.rdcongo

 

 

Uvira : Trois journalistes arrêtés dans l’attaque d’une radio par l’ANR

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Kinshasa, le 14 Octobre 2015 – Un groupe d’agents des services des renseignements militaires communément appelés « Bureau 2 » ont pris d’assaut, mardi 13 octobre 2015 vers 14 heures, les installations de la « Radio Le Messager du Peuple », station privée émettant à Uvira, ville située à 128 Km de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu (Est de la RDC). Au moins trois personnes, dont deux journalistes congolais et un technicien burundais ont été brutalement arrêtés dans cette attaque. Il s’agit de : Manzambi Mupenge et Lucien Kanana,deux journalistes congolais ainsi qu’un certain Egide, non autrement identifié, technicien  de la Radio Publique Africaine (RPA), station émettant au Burundi en mission de travail à Uvira, tous ont été acheminés manu militari dans les locaux de ce service des renseignements militaires où ils sont séquestrés.

Selon les informations recoupées par JED, les services congolais reprochent à la « Radio Le Messager du Peuple » de diffuser régulièrement un magazine politique enregistré à Bujumbura et  intitulé « Humura Burundi » (ce qui signifie en langue Kirundi : Burundi soit tranquille), produit par la Radio Publique Africaine, principale radio burundaise interdite de diffusion, depuis le 27 avril 2015, par les autorités burundaises dans la foulée des tensions politiques électorales que connait ce pays.

Interrogé par JED sur les relations existantes entre ce média congolais et la radio burundaise, Mutere Kifara, directeur de la Radio Le Messager du Peuple, a déclaré : « Notre média a signé un contrat de partenariat avec la Radio Publique Africaine pour la diffusion de son magazine politique « « Humura Burundi ». La Radio Le Messager du Peuple est aussi captée au Burundi. Cette émission était diffusée sous les ondes de notre radio tous les jours à partir de 19 heures. Le mercredi 7 octobre 2015, j’ai reçu un appel téléphonique émis par un agent de l’Agence Nationale des Renseignements qui voulait savoir les heures de diffusion de ce magazine.  Le lendemain quelques minutes avant la diffusion de cette émission, le signal d’émission de notre média était brouillé. Nous avons été contraints de cesser de diffuser cette émission le vendredi (le 9 octobre 2015, ndlr) après avoir rencontré un officier de la police qui nous a dit que les autorités locales étaient contre la diffusion de cette émission burundaise à partir d’Uvira ».

Journaliste en danger (JED) condamne vigoureusement cette attaque injustifiée des services de sécurité contre un média et exige la libération de trois journalistes arrêtés  arbitrairement sur leur lieu de travail par des personnes qui n’ont ni mandat, ni qualité pour sanctionner le contenu d’une émission radio.

Pour tout contact :

Journaliste en Danger (JED)

374, avenue Colonel Mondjiba, complexe Utexafrica, galerie Saint Pierre, Commune de Ngaliema

Kinshasa/RD Congo

Téléphone : +(243) 99 99 96 353, +(243) 81 99 96 353

jedkin@jed-afrique.org

www.jed-afrique.org

Le processus de succession de l’Abbé Apollinaire Malumalu de la tête de la CENI

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La démission de l’Abbé Apollinaire MUHOLONGU MALUMALU de la tête de la CENI le samedi 10 octobre 2015 appelle la Société Civile de la République Démocratique du Congo (RDC) à ne pas se détourner de sa noble lutte pour la protection de la jeune démocratie acquise au prix du sang de nombreuses victimes de l’intolérance politique, de martyrs de la démocratie de février 1992,  Pascal KABUNGULU, Serge MAHESHE,  Didace NAMUJIMBO, Floribert CHEBEYA, Fidèle BAZANA, de celles survenues après la proclamation des résultats  des élections de 2006 et de 2011,  et des manifestations de janvier 2015.

Il faut rappeler que la Loi organique n° 13/012 modifiant et complétant celle n° 10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a été réclamée pour répondre positivement aux nombreuses failles relevées lors de l’évaluation du processus électoral de novembre 2011.

Dans cette Loi, le législateur y a assuré l’implication effective de la Société Civile (SC) comme troisième composante dans l’organisation des élections aux côtés de la Majorité présidentielle et de l’Opposition politique. C’est ainsi que le poste du Président de la CENI lui est confié (Article 24 bis).

Cependant, le processus qui avait porté l’Abbé Apollinaire MALUMALU à la  tête de la CENI n’avait pas été inclusif, transparent et rigoureux. Les forces politiques majoritaires à l’Assemblée Nationale avaient délibérément exclu plusieurs structures clés de la Société Civile, principalement des ONG de défense des droits de l’homme, jusqu’à violer la loi sus-évoquée.

Les organisations signataires de la présente Déclaration exigent à ce queles consultations pour la désignation du nouveau Président de la CENI s’étendent à toutes les composantes classiques de la Société Civile. Car, seules les structures non éligibles sont les mieux indiquées à pouvoir conduire avec indépendance et rigueur lesdites consultations.

Elles engagent toutes les structures de la Société Civile, sans exclusive, à se consulter rapidement pour désigner un délégué laïc, crédible et qui offre des garanties certaines d’indépendance et d’expérience pour que la CENI puisse organiser des élections libres, crédibles, et transparentes dans le délai constitutionnel.

Aussi, les organisations signataires recommandent ;

  • Au Président de l’Assemblée Nationale, de laisser les structures de la Société se consulter elles-mêmes de manière à désigner, cette fois-ci, un laïc répondant au profil susmentionné pour présider la CENI ;
  • Aux groupes parlementaires, de ne pas procéder à la nouvelle recomposition de la CENI pour prévenir le glissement que nous conjurons tous ;

Fait à Kinshasa, le 13 octobre 2015.

Les organisations de la société civile signataires :

  1. ACADHOSHA, Action des Chrétiens Activistes des droits de l’Homme à Shabunda
  2. ACAJ, Association congolaise pour l’Accès à la Justice
  3. ACIDI, Action Chrétienne d’Initiatives pour le Développement Intégral
  4. ACIDH, Action contre l’impunité pour les Droits Humains
  5. AFECOPAD
  6. AJD
  7. AJLOD
  8. AC, Anges du Ciel
  9. ANMDH, Les Amis de Nelson Mandela pour les Droits de l’Homme
  10. BCSC, Bureau de Coordination Provinciale de la Société Civile du Sud-Kivu
  11. ARD
  12. CADTM
  13. CCJT, Coalition Congolaise pour la Justice Transitionnelle
  14. CDF
  15. CDH, Centre des Droits de l’Homme
  16. CI, Congo en Image
  17. CJP/Kimbanguiste
  18. CLCJR
  19. COSCCET
  20. CVDHO
  21. DFMP
  22. FDH, Fédération des Droits de l’Homme
  23. FJPM, Fédération des Jeunes pour la Paix Mondiale
  24. FORFEM, Forum des Femmes Ménagères
  25. GANVE, Groupe d’Action Non violente Évangélique
  26. GJL, Groupe Justice et Libération
  27. GL, Groupe Lotus
  28. GLJP, Groupe Lufulanga pour la Justice et la Paix
  29. HR, Human Rescue
  30. ICJP, Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix
  31. IRECA, Institut René Cassin
  32. IRDH, Institut de Recherche en Droits Humains
  33. JA, Justitia ASBL
  34. JPT, Justice pour Tous
  35. VO, La Voix des Opprimés/Isiro
  36. LACAF
  37. LICOF, Ligue Congolaise contre la Fraude
  38. LINAPEDHO
  39. MEEDAF-d
  40. ODM, Ouvriers du Monde
  41. OCDHDS
  42. OIDHAC
  43. OSD, Œuvres Sociales pour le Développement