RDC : Sanctions des USA contre deux généraux, l’UE et l’ONU devraient aussi prendre des mesures ciblées

(Washington, DC, le 28 septembre 2016) – Le 28 septembre 2016, le gouvernement des États-Unis a imposé des sanctions ciblées à l’encontre de deux officiers supérieurs des forces de sécurité en République démocratique du Congo qui sont impliqués depuis longtemps dans des abus graves, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les officiers concernés sont Gabriel Amisi (connu sous le nom de « Tango Four »), commandant de l’armée dans la région occidentale du pays, et John Numbi, ancien inspecteur général de la police nationale. 

« L’annonce par les États-Unis de sanctions ciblées à l’encontre de deux officiers supérieurs des forces de sécurité congolaises envoie un message fort signalant que la répression violente des manifestations politiques par le gouvernement et les autres abus graves ne restent pas sans conséquence », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Pour un impact maximal, les États-Unis devraient élargir les sanctions pour inclure d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement, de la sécurité, et des services de renseignements responsables de la répression brutale sur les deux dernières années. »

Dans une déclaration annonçant les nouvelles désignations, le directeur par intérim du Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain, John E. Smith, a indiqué qu’Amisi et Numbi « se sont livrés à des actes qui compromettent les processus démocratiques en RD Congo et qui répriment les droits politiques et les libertés du peuple congolais, susceptibles d’entraîner une instabilité croissante et plus généralisée en RD Congo et dans la région des Grands Lacs ». Il a souligné que l’« action n’est pas dirigée contre le peuple de RD Congo », mais « est destinée à modifier le comportement des individus ciblés. » 

Le 23 juin, les États-Unis ont annoncé des sanctions ciblées à l’encontre du général Célestin Kanyama, le commissaire de police de la capitale, Kinshasa.

Depuis janvier 2015, des officiels du gouvernement congolais et des membres des forces de sécurité mènent une campagne de répression brutale contre les personnes qui s’opposent aux tentatives de maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà des deux mandats consécutifs permis par la constitution, lesquels expirent le 19 décembre prochain. Les autorités ont arrêté des dizaines d’activistes, de leaders et de partisans de l’opposition, ont à plusieurs reprises interdit des manifestations d’opposition, ont fait fermer des médias, ont empêché des leaders de l’opposition de se déplacer librement dans le pays, et ont tiré sur des manifestants pacifiques.

La répression exercée par le gouvernement a atteint de nouveaux sommets pendant la semaine du 18 septembre, lorsque les Congolais partout dans le pays sont descendus dans les rues pour manifester contre les reports des élections. À Kinshasa, les forces de sécurité ont tué par balle au moins 50 personnes et arrêté des dizaines d’autres. Les forces de sécurité ont emporté certains des corps, d’après les récits de témoins, dans une volonté évidente de dissimuler les preuves et empêcher les familles d’organiser des funérailles. 

Dans une tentative manifeste d’entraver le travail des observateurs indépendants pour documenter la répression par le gouvernement, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs journalistes congolais et internationaux, ainsi qu’un défenseur des droits humains congolais peu après le début des manifestations. Les bureaux d’une éminente organisation de défense des droits humains et d’une organisation de la société civile ont également été vandalisés. Certains des manifestants ont aussi eu recours à la violence, frappant ou brûlant à mort plusieurs agents de police.

« L’Union européenne et le Conseil de sécurité des Nations Unies devraient adopter de toute urgence des sanctions similaires à celles des États-Unis », a conclu Ida Sawyer. « Prendre des mesures fortes maintenant pourrait renforcer la pression sur le président Kabila pour qu’il respecte les exigences constitutionnelles en quittant ses fonctions à la fin de son mandat, et contribuerait à prévenir une crise plus large, avec de possibles répercussions volatiles dans toute la région. »

SYC

Pour consulter d’autres communiqués et rapports de Human Rights Watch sur la République démocratique du Congo, veuillez suivre le lien :
https://www.hrw.org/fr/africa/democratic-republic-congo
https://www.hrw.org/fr/news/2016/09/18/la-republique-democratique-du-congo-au-bord-du-precipice-mettre-fin-la-repression-et 

RDC : L’ACAJ appelle à une enquête internationale urgente sur la répression violente des manifestations

(Kinshasa, le 22 septembre 2016) – L’Association congolaise pour l’accès à la Justice (ACAJ) condamne la répression violente des manifestations organisées à Kinshasa et dans certaines villes de la République démocratique du Congo (RDC) et exige une enquête internationale exhaustive.

Le 19 septembre 2016, le Rassemblement des forces politiques et sociales a organisé des manifestations pacifiques pour demander à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de convoquer le scrutin de l’élection du président conformément à l’article 73 de la constitution.

Si à Bukavu, Uvira, Mbuji-Mayi, Mbandaka et Beni, les manifestations se sont déroulées  et terminées dans le calme; à Kinshasa les forces de sécurité ont fait recours à l’utilisation disproportionnée d’armes létales blessant et/ou tuant directement ou indirectement plusieurs manifestants ou non manifestants.

Selon le recoupement des informations en notre possession, le bilan provisoire à ce jour est de 56 morts dont six policiers, plusieurs de blessés et biens publics et privés saccagés, pillés et/ou détruits dont cinq sièges des partis politiques et un d’une ONG de la société civile.

Les forces de sécurité ont arrêté de manière indiscriminée plus de 1 000 manifestants et non manifestants parmi lesquels figurent plusieurs enfants mineurs.

« L’ACAJ condamne particulièrement l’arrestation de M. Moise Moni Della, Président du parti politique CONADE à Kinshasa; et quatre militants Filimbi à Kisangani à savoir MM. Simplice Kapipa, Gauthier Kasonya, Abedi Radjabu et Me Cathy Bosongo. Elle dénonce les conditions infrahumaines de détention des personnes arrêtées aux cachots notamment de camp Kokolo, ex Casier judiciaire et Demiap ainsi que la privation de leurs droits de visite, d’assistance par de conseils et d’être présentées à un magistrat à l’expiration du délai de la garde à vue. Elle dénonce aussi plusieurs cas d’extorsion des biens et des actes de torture et mauvais traitements dont la plupart d’entr’eux ont été victimes », précise le communiqué.

L’ACAJ tient le Gouvernement congolais pour responsable de ces violations graves des droits de l’homme. Car, c’est celui qui a annulé à Kinshasa une manifestation déjà en cours sans avoir préalablement informé les organisateurs, ni tenir compte de l’impossibilité dans laquelle ces derniers se trouvaient pour répercuter l’information sur leurs militants, et fait disperser violemment les manifestants sans sommation préalable à Masina, Ndjili, Bandalungwa, au Rond-poind Ngaba.

L’ACAJ est profondément préoccupée par l’enquête judiciaire annoncée par le Procureur Général de la République (PGR) contre ceux qu’il appelle « auteurs et complices » des évènements de 19 et 20 septembre 2016, qui visiblement ne va concerner que les leaders de l’opposition qui demandent au Président Joseph Kabila de respecter la constitution et dans l’unique but de les réduire au silence comme c’est le cas aujourd’hui avec Eugène Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo.

Le fait pour le PGR  d’avoir déjà réquisitionné le Directeur Général de la DGM pour empêcher les « auteurs et complices » à voyager vers l’étranger alors qu’ils jouissent toujours de la présomption d’innocence et d’ajouter qu’il «  va les sanctionner » alors que le Parquet n’est qu’un organe de poursuites et non de sanction tel qu’une juridiction nous conforte dans notre conviction.

L’ACAJ est plus convaincue que les personnes visées par les enquêtes du PGR ne bénéficieront pas de garanties constitutionnelles d’un procès équitable; et c’est pourquoi elle recommande au Gouvernement d’accepter une enquête internationale exhaustive ou bien une commission d’enquête nationale qui regroupera notamment des représentants de la MONUSCO et des ONG des droits de l’homme.

L’ACAJ relève que ces violations graves de droits de l’homme se commettent dans un contexte de rétrécissement systématique de l’espace d’expression de libertés publiques et voici quelques exemples les plus récents :

Le 29 août 2016 à Lubumbashi, la police a réprimé violemment la réunion publique et pacifique organisée par le député Gabriel Kyungu wa Kumwanza, coordonnateur provincial du Rassemblement des forces politiques et sociales, exigeant la tenue d’un dialogue national inclusif, une centaine de personnes furent arrêtées et 18 condamnées à de fortes peines dans une procédure de flagrance par le Tribunal de grande instance de Lubumbashi pour « rébellion et association de malfaiteurs » dont M. LIONZE MATESO Patrick, Bourgmestre adjoint de la commune de Kenya et membre du parti politique « Forces sociales des indépendants républicains (FSIR) ;

– Le 3 septembre 2016, la police a réprimé violement la manifestation pacifique organisée dans la ville urbano-rurale de Bulungu, province de Kwilu, par l’Association des Natifs de Bulungu (ASSONA) pour protester contre la nomination d’un bourgmestre. Il y a eu 40 blessés dont 27 policiers  et 10 femmes et une dizaine de personnes arrêtées ;

– Le 15 septembre, une quinzaine de jeunes dont le Pasteur Remy Flame Manguamba ont été arrêtés aujourd’hui vers 17 heures par des agents de l’ANR alors qu’ils participaient à une campagne de sensibilisation sur la constitution et l’alternance politique organisée par l’Union de jeunes congolais pour le changement (UJCC). Ils sont détenus au cachot de l’ANR/direction générale sans droit de visite de membres de leurs familles, ni de l’assistance de leurs conseils ;

-Le 16 septembre, M. Totoro Mukenge, Président de l’UJCC, a été arrêté par des agents de l’ANR et est depuis lors détenu au cachot de l’ANR sans droit de visite, d’assistance de ses conseils et d’être présenté devant un magistrat après l’expiration du délai de la garde à vue.

-Le 19 septembre, condamnation de 24 de membres de l’UDPS et l’UNAFEC à Lubumbashi à des peines allant de 10 mois à 3 ans de prison ferme en lien avec la répression d’une réunion dispersée cinq jours avant.

L’ACAJ exige que le Gouvernement fasse libérer sans condition de toutes les personnes arrêtées depuis plusieurs mois à cause de l’exercice de leurs libertés publiques en RDC, et d’accepter une enquête internationale exhaustive sur les évènements, survenus à Kinshasa, Kisangani et Goma, à l’occasion de la manifestation du Rassemblement des forces vives et sociales.

SYC

RDC : Poursuite de mobilisation, la Lucha invite les forces de l’ordre et les manifestants à s’abstenir de tout acte de violence

Dans un communiqué officiel, la Lutte pour le Changement (Lucha) appelle les congolais à rester mobilisés en manifestant encore ce mardi 20 septembre 2016 et les jours suivants, jusqu’à obtenir la convocation de l’élection présidentielle et l’annonce de sa tenue à une date permettant l’alternance dans les délais constitutionnels. Elle invite instamment les forces de l’ordre et les manifestants à s’abstenir de tout acte de violence. La classe politique, la CENI et la communauté internationale devraient comprendre une fois pour toutes que le Peuple ne les laissera pas violer sa constitution, et en définitive sa souveraine volonté d’avoir la démocratie et l’alternance régulière au pouvoir. Ci-dessous, l’intégralité du communiqué :

RDC, 19 septembre : le ton donné, la mobilisation se poursuit !

COMMUNIQUE DE PRESSE N° LUCHA/02716

(Kinshasa, 19 septembre 2016) – Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement(LUCHA) tient à présenter ses sincères condoléances aux familles des compatriotes tués à Kinshasa lors de la manifestation pacifique pour demander la convocation du scrutin pour l’élection du Président de la République, conformément à la Constitution.

La Lucha remercie et félicite le peuple congolais qui s’est mobilisé massivement dans tous les coins de la République et même dans la diaspora, pour exiger le respect de sa constitution ! Le peuple a démontré, s’il le fallait encore, sa détermination à défendre sa constitution et à obtenir l’alternance politique à l’expiration du second et dernier mandat du Président Joseph Kabila le 19 décembre 2016.

La Lucha déplore les nombreuses morts à Kinshasa, parmi les manifestants mais aussi parmi les éléments de la police nationale. Nous condamnons tous les actes de violence contre les personnes et les biens, les arrestations arbitraires et les agressions notamment à l’encontre des journalistes, des leaders politiques et de la société civile. Nous exigeons la libération de toutes les personnes arrêtées irrégulièrement à Kinshasa, Kisangani, Kindu, Lubumbashi et partout ailleurs, et la mise à la disposition de la justice de ceux qui seraient soupçonnés de quelque infraction à la loi, y compris les membres des forces de l’ordre, pour des procès rapides, impartiaux et équitables.

La Lucha invite la classe politique, la CENI et la “communauté internationale, à comprendre une fois pour toutes que le Peuple ne les laissera pas violer sa constitution, et en définitive sa souveraine volonté d’avoir la démocratie et l’alternance régulière au pouvoir. Alors que le “dialogue politique” doit se conclure à Kinshasa, ils doivent tirer les conséquences de la mobilisation populaire de ce 19 septembre, et soutenir les solutions pratiques permettant de tenir l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, comme celle proposée par la Lucha de combiner l’enrôlement des électeurs avec l’élection présidentielle. La Lucha reste disposée à apporter sa contribution pour que la CENI mette en œuvre cette solution aussi simple que réaliste pour sauver la Nation.

Sans cela, il est à craindre que les violences se poursuivent et s’aggravent dans le pays, avec leurs dégâts humains et matériels pourtant évitables.

La Lucha tient pour premiers responsables la classe politique congolaise, spécialement le President Kabila et la majorité au pouvoir, ainsi que la “communauté internationale” qui n’arrive toujours pas à etre proactive et à soutenir les solutions pratiques formulées par les citoyens congolais pour avoir l’alternance dans les délais, ce qui reste toujours possible à ce jour.

Pour terminer, la Lucha appelle les congolais à rester mobilisés en manifestant encore ce mardi 20 septembre 2016 et les jours suivants, jusqu’à obtenir la convocation de l’élection présidentielle et l’annonce de sa tenue à une date permettant l’alternance dans les délais constitutionnels. La Lucha invite instamment les forces de l’ordre et les manifestants à s’abstenir de tout acte de violence.

SYC