RDC : HRW exige des enquêtes autour de 27 morts déplorées lors des affrontements entre BDK et forces de l’ordre

Au moins 27 personnes ont été tuées au cours d’affrontements entre manifestants et forces de sécurité en République démocratique du Congo lundi, alors que des partisans de Bundu dia Kongo (BDK), une secte politico-religieuse, sont descendus dans la rue à Kinshasa et dans la province du Kongo central. Selon des témoins, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les foules, touchant des manifestants et des passants.

Les manifestants protestaient ostensiblement contre le refus du Président Joseph Kabila de quitter ses fonctions à la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution. Cependant, l’opposition politique et des sources bien placées soutiennent que les autorités ont autorisé les manifestations dans le but de créer le chaos et une répression qui justifieraient l’imposition de nouveaux retards dans l’organisation des élections.

Des habitants du quartier autour de la prison centrale de Kinshasa, dans la commune de Selembao, ainsi que d’autres personnes des communes de Bumbu, Kimbaseke, Matete, Masina, N’djili, Ngaliema et Ngiri-Ngiri, ont indiqué à Human Rights Watch qu’ils avaient entendu des coups de feu ou vu des manifestants défiler dans les rues à partir de 9h du matin. Dans le Kongo central, des manifestations ont eu lieu à Matadi, la capitale provinciale, ainsi qu’à Boma, Kimpese, Kinzau-Mvuete, Kisantu, Kwilu-Ngongo, Lukula et Muanda.

Des groupes de manifestants portant des bandeaux rouges autour de la tête et tenant des bâtons et des coques de noix de palme ont défilé sur certaines artères de Kinshasa et de villes du Kongo central, chantant des slogans hostiles à Kabila. Selon une communication de la police, des « assaillants » étaient armés de fusils et d’armes blanches. Certains manifestants à Kinshasa tenaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Le Congo aux congolais, le Rwanda au Rwandais » et « Hyppolite Kanambe, alias Kabila, et ses frères, dehors !, » –  une référence aux allégations faites par certains partisans de BDK et d’autres personnes, selon lesquelles Kabila ne serait pas d’origine congolaise. Des signes appelant « Kabila et les rwandais » à quitter la RD Congo ont aussi été aperçus dans le Kongo central, y compris à Boma, Kwilu-Ngongo et Lukula. (Les messages xénophobes qui constituent une incitation à la violence ou à la discrimination devraient être pénalement poursuivis.)

Les manifestations semblent avoir été suscitées par un ultimatum lancé par le leader de BDK, Ne Muanda Nsemi, fin juin. Nsemi, qui avait été arrêté le 3 mars 2017 et inculpé entre autres pour incitation à la haine tribale et à des actes de violence, et pour outrage au Chef de l’État, s’est évadé de la prison centrale de Kinshasa au cours d’une évasion massive de la prison en mai, et le lieu où il se trouve demeure inconnu. Dans un message vidéo partagé sur les réseaux sociaux qui semble avoir été filmé le 27 juin, Nsemi a appelé « les rwandais et le président Kabila » à quitter la RD Congo avant le 7 août, menaçant que ses partisans appliqueraient « la loi divine qui dit œil pour œil, dent pour dent », s’ils ne se conformaient pas à ces exigences.

La recherche de Human Rights Watch indique qu’au moins 23 personnes ont été tuées à Kinshasa lors des manifestations de lundi, y compris 11 membres de BDK et 10 passants apparents abattus par les forces de sécurité, ainsi que deux policiers tués par des manifestants. Dans le Kongo central, au moins deux membres de BDK ont été tués à Matadi, ainsi qu’un membre de BDK et un policier militaire à Muanda. Human Rights Watch a reçu des rapports supplémentaires non vérifiés d’autres personnes tuées dans la province du Kongo central et à Kinshasa.

Un témoin à Kinshasa a déclaré que des membres de BDK avaient encouragé des personnes à les suivre pour « chasser » Kabila du pouvoir, demandant aux hommes de mettre du sable dans les poches de leur pantalon et aux femmes d’en mettre dans leur pagne, supposément pour les rendre invincibles aux balles. Alors que les manifestants défilaient dans la commune de Selembao, la police a tiré en l’air pour les disperser. L’un des manifestants a lancé une coque de noix de palme, à l’aide d’un bâton, en direction d’un officier de police. L’officier de police a été atteint à la tête et tué. Un autre témoin à Kinshasa a déclaré que des officiers de la police militaire avaient abattu quatre personnes dans le Marché de la Liberté, dans la commune de Masina, peu après que des membres de BDK soient passés par le marché. La police a d’abord tiré en l’air pour disperser les manifestants, et ensuite, des militaires sont arrivés et ont tiré à bout portant sur la foule de vendeurs du marché et d’acheteurs en débandade.

Plusieurs groupes de manifestants ont été autorisés à manifester sans interférence, encadrés par des membres des forces de sécurité congolaise qui n’ont fait aucun effort pour bloquer ou arrêter les manifestations, selon des témoins, ainsi que des photos et des séquences vidéo que nous avons visionnées. Ceci présentait un contraste flagrant avec d’autres manifestations planifiées récemment, y compris les manifestations nationales du 31 juillet, appelées par une coalition de mouvements citoyens et d’organisations de défense des droits humains connue sous le nom de Collectif d’actions de la société civile (CASC), et soutenue par de nombreux partis d’opposition. Dans ce cas, les forces de sécurité s’étaient déployées lourdement à l’avance pour empêcher le déroulement des manifestations, avaient fait usage de gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles pour disperser ceux qui manifestaient, et avaient arrêté au moins 128 personnes à travers le pays.

De la même façon, avant les ‘villes mortes’, ou grèves générales, appelées par la coalition d’opposition du Rassemblement à se tenir mardi et mercredi, les forces de sécurité se sont déployées lourdement dans les principales villes de la RD Congo dès le petit matin pour dissuader toute personne de manifester dans la rue. Le gouvernement congolais a même demandé aux compagnies de télécommunication de restreindrel’accès aux réseaux, dans une tentative apparente d’empêcher les gens de partager ou de publier des photos de villes vides à Kinshasa et dans d’autres villes ou la ‘ville morte’ a été respectée.

La volonté inattendue des autorités congolaises de ne pas empêcher les manifestations de lundi a suscité des allégations selon lesquelles le gouvernement aurait cherché à créer une situation qui entrainerait des restrictions encore plus fortes aux manifestations et à l’espace politique, ainsi que de nouveaux retards dans l’organisation des élections. Selon une déclaration du porte-parole du leader d’opposition et candidat à la présidence Moïse Katumbi, les manifestations de lundi et les violences qui en ont découlé auraient été pensées par le gouvernement pour « faire régner le chaos » afin d’« instaurer l’état d’urgence ».

Un individu proche des forces de sécurité a affirmé à Human Rights Watch que les manifestations et les attaques de lundi n’étaient « que du théâtre ; l’objectif est de créer les chaos partout ». Il a allégué, bien que nous ne soyons pas en mesure de le confirmer, que des militaires s’étaient mêlés aux vrais partisans de BDK, et que les forces de sécurité avaient reçu pour ordre de laisser « libre passage » aux manifestants. Il a déclaré que les autorités avaient l’intention d’utiliser le prétexte du mouvement BDK « pour créer une milice que le gouvernement pourra attaquer. Ce qu’ils ont fait avec les Kamuina Nsapu dans les Kasaïs, à présent ils le feront [au Kongo central] ». Il a également soutenu que « les officiers de police et les militaires qui ont été tués ou blessés n’avaient pas été informés de l’opération à l’avance ».

Au cours d’une cérémonie officielle à Kinshasa mercredi avec entre autres les ministres de la défense, de l’intérieur, et des communications, ainsi que l’administrateur général de l’agence nationale de renseignement (ANR), la police a présenté 31 suspects des manifestations de lundi, qu’ils ont accusés d’avoir tenté un « coup d’État ». Le porte-parole de la police a aussi déclaré que 19 personnes avaient été tuées au cours des violences de lundi, et sept autres blessées.

Des enquêtes menées promptement et impartialement sont nécessaires pour déterminer qui est responsable des pertes de vies de lundi. La violence par les manifestants ou l’usage excessif de la force par les forces de sécurité ne devraient pas être tolérés, et les personnes responsables devraient être tenues de rendre des comptes comme il convient.

Blog Human Rigths Watch

Lien : https://www.hrw.org/fr/blog-feed/la-rd-congo-en-crise#blog-307726

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