Dernière mise à jour le 12/12/2018
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Ida Sawyer : «la Cour pénale internationale doit tirer leçon des erreurs de sa jeunesse»

Publié le : 11 June, 2018 à 16 h 26 min


La directrice pour l’Afrique centrale de Human Rights Watch, Ida Sawyer estime que la Cour pénale internationale (CPI) doit tirer les leçons des erreurs de sa jeunesse. Elle fait allusion à l’acquittement de Jean-Pierre Bemba, le 8 juin 2018, qui laisse à ce jour les victimes des crimes graves commis en République centrafricaine sans moyens de recours à la justice. La faille constatée dans le ciblage des présumés auteurs entame aujourd’hui la crédibilité de cette instance judiciaire internationale.

Il y a sept ans, rappelle Ida Sawyer invité de Christophe Boisbouvier dans RFI Afrique de ce 11 juin 2018, Human Rights Watch avait mis en cause la décision du bureau de procureur de ne porter l’affaire que contre un seul individu dans son enquête sur les crimes commis en Centrafrique.

« On avait déjà dit à cette époque que c’était une stratégie avec beaucoup de risques. […] Nous pensions comme aujourd’hui, que tous les autres commandants devraient avoir été ciblés par la CPI au lieu de mettre tout dans un seul dossier Bemba. En termes de stratégie, ça aurait été mieux d’avoir plusieurs personnes ciblées au lieu de mettre tous les œufs dans un seul panier. Et le 8 juin, nous avons vu l’impact dévastateur de cette décision qui aura probablement un impact énorme sur la crédibilité de la CPI », a indiqué Ida Sawyer.

Autre fait inquiétant évoqué par Human Rights Watch, c’est le précédant que cette décision crée au niveau du commandement de responsabilité. Car, insiste Ida Sawyer, il y a risque que les autres commandants de guerre qui sont loin de leurs troupes pensent qu’ils sont plus libres de continuer à agir sans être inquiétés. Ce qui laisse le goût d’impunité.

Et de préciser : « ça donne l’impression que la responsabilité de commandement n’est pas si forte en terme légal. Nous pensons qu’à l’avenir, la Cour doit faire un effort pour montrer que les chefs de guerre, ceux qui commandent les forces, sont responsables des actes de leurs troupes même s’ils ne sont pas sur place ».

Visiblement, la CPI a perdue assez de sa crédibilité. Elle a beaucoup de travail à faire pour rétablir la confiance dans les accords internationaux. Et le bureau du Procureur devrait faire mieux, dans l’avenir, pour rendre justice et offrir les moyens de réparations aux victimes.

« Je crois que cette décision montre que dans l’affaire Bemba, ils n’ont pas du tout réussi. Cette affaire montre que la grande faiblesse était dans la stratégie au début quand ils se sont focalisés seulement sur Bemba. Mais aussi, c’est la question de la responsabilité de commandement. Je pense qu’il y a plus du travail à faire pour bien rétablir et convaincre les juges sur cette question », a recommandé Ida Sawyer.

Refusant d’affirmer que la CPI peut disparaitre, 20 ans après sa naissance, Ida Sawyer estime que c’est une institution très importante.

« La Cour est toujours dans ses premières affaires en train d’apprendre des leçons pour ne pas répéter les erreurs du passé.  On pense que c’est le moment de renforcer la capacité de la CPI et de pas l’abandonner ».

Condamné en première instance à 18 ans de prison pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » en Centrafrique, l’ancien vice-président et ex-chef rebelle congolais Jean-Pierre Bemba a vu vendredi 8 juin sa culpabilité annulée en appel devant la Cour pénale internationale.

Un renversement de la situation qui inquiète les organismes internationaux des droits de l’homme. Non seulement sur le sort des victimes, du comportement des chefs de guerre et/ou des troupes militaires mais aussi de l’avenir de la Cour pénale internationale.

SYC