IRDH : “le peuple congolais ne peut s’accrocher à un processus électoral incertain”

Lubumbashi, le 30 Juin 2018 – Les chercheurs du Projet d’Application des Droits Civils et Politiques (PAD-CIPO) demandent au Président de la République de réconforter le processus électoral, car la population ne peut s’accrocher à une situation incertaine. A l’instar de l’Eglise Catholique, l’IRDH estime qu’il est urgent de rassurer l’alternance politique, pierre angulaire de la démocratie et de l’Etat de droit, en toute responsabilité devant la Nation, au regard de la Constitution et de l’Accord de la Saint Sylvestre.

Afin de permettre au peuple congolais de s’accrocher au processus électoral, les chercheurs de l’IRDH recommandent à Joseph Kabila d’évacuer la série d’incertitudes, en disant sans tergiverser que :

1. Il n’est pas candidat à un troisième mandat présidentiel, contrairement à la campagne amorcée par son parti politique et les tentatives des membres de l’actuel Gouvernement mu en coalition électorale ;
2. Il respecte les Accords de la Saint Sylvestre, en libérant les prisonniers politiques emblématiques et en arrêtant le harcèlement judiciaire dénoncé par les évêques Catholiques ;
3. En tant que Garant de la Nation, il écoute les critiques de la population contre la machine à voter et invite la CENI à rétablir la confiance avec celle-ci, en abandonnant ce projet.

En effet, rappellent – ils, dans son message du 30 Juin 2018 (la nuit du 29), le Président de la République a invité la classe politique et toutes les forces sociales à s’impliquer dans les élections en vue de consolider la jeune démocratie.

Cependant, l’incertitude se lit dans les messages des autres institutions publiques appelées à rassurer la population.

“Le jour même du discours du Président de la République, le Président OLENGA NKOY Joseph du Conseil National du Suivi de l’Accord (CNSA) a semé le doute sur ledit processus, en invitant quiconque détiendrait des informations sur « la dangerosité de l’utilisation de la machine à voter et de son caractère peu fiable», à contacter son institution, au plus tard le 2 juillet. On ne peut amorcer une investigation, sans renseignements préalables sur le crime”, indique le communiqué officiel de l’IRDH.

Le 22 juin 2018, poursuit le même communiqué, le Président de la CENI, Monsieur NAANGA Corneille, répondant à une question de la Radio France Internationale (RFI) relative à la crise de confiance sur le processus électoral, il dit que sa mission n’est pas de créer la confiance avec la population. Ceci revient à dire qu’il ne se préoccupe pas de la population appelée ce jour à s’accrocher audit processus.

Le 07 juin 2018, le Porte-Parole du Gouvernement rapporte que le Conseil de Ministres a peaufiné une stratégie de création d’une coalition politique électorale (Front Commun pour le Congo, FCC) préoccupée par la conservation du pouvoir.

Les chercheurs de l’IRDH se demandent comment le Gouvernement, Pouvoir Exécutif de la République servira la population, si sa mission devient la conquête du pouvoir « démocratiquement », mission dévolue aux parties politiques.

Par ailleurs, en dépit du fait que la Constitution interdit au Président en exercice de postuler pour un troisième mandat, le Secrétaire Général de son parti politique harangue des foules les incitant à soutenir une troisième candidature de KABILA à sa propre succession, sans que le Parquet Général n’ouvre une enquête judiciaire pour incitation à la trahison, appel du public à violer la Constitution ou rébellion contre l’ordre constitutionnel.

SYC

RDC : Joseph Kabila invité à garantir un scrutin crédible et respecter la Constitution

(Kinshasa) – La répression gouvernementale en République démocratique du Congo six mois avant les élections programmées renforce les craintes de violences politiques généralisées. Le 23 juin 2018, le Comité laïc de coordination (CLC) de l’Église catholique a déclaré dans une lettre à l’Union africaine préparer de nouvelles actions de protestation, et a décrit « une crise totale de confiance » dans le processus électoral et des risques de « chaos certain et généralisé ».

Les gouvernements concernés et les organes régionaux devraient augmenter la pression sur le Président Joseph Kabila et les autres hauts responsables afin qu’ils prennent des mesures urgentes pour permettre des élections libres et équitables avant la fin de l’année. Au cours des trois dernières années, le parti au pouvoir en RD Congo, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, ainsi que les forces de sécurité gouvernementales ont eu recours à la répression, à la violence et à la corruption pour renforcer leur mainmise sur le pouvoir. Kabila est toujours en poste, alors que les deux mandats que lui autorise la Constitution sont arrivés à échéance en décembre 2016.

« Il y a toujours beaucoup d’incertitudes quant à savoir si le Président Kabila va se retirer en accord avec la Constitution, et permettre un scrutin crédible qui marquerait la première transition démocratique en RD Congo depuis son indépendance », a déclaré Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Si Kabila ne le fait pas, cela renforcera le risque de violences et d’instabilité à grande échelle, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour toute la région. »

Les élections sont actuellement programmées pour le 23 décembre 2018. Cependant, Joseph Kabila n’a pas encore déclaré publiquement qu’il se retirait, et les autorités pourraient invoquer toute une série de contraintes techniques, financières et logistiques pour demander des délais supplémentaires. La répression contre l’opposition politique et les défenseurs des droits humains et de la démocratie est toujours aussi intense, selon Human Rights Watch.

Les violences à grande échelle ont également continué à affecter de nombreuses régions du pays, faisant près de 4,5 millions de personnes déplacées, plus que dans n’importe quel autre pays d’Afrique. La plupart des violences sont liées à la crise politique et certaines semblent faire partie d’une stratégie du chaos délibérée de la part du gouvernement pour justifier le report des élections, selon des sources bien placées issues des forces de sécurité et des services de renseignement.

Au cours des manifestations d’ampleur nationale menées par les dirigeants laïcs de l’Église catholique le 31 décembre 2017, ainsi que les 21 janvier et 25 février 2018, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles et lancé du gaz lacrymogène dans l’enceinte d’églises catholiques pour perturber des offices pacifiques et des marches de protestation organisées après la messe du dimanche. Les forces de sécurité ont tué au moins 18 personnes, dont l’activiste pro-démocratie bien connu Rossy Mukendi, et blessé ou arrêté des dizaines d’autres. Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes dans trois maternités de Kinshasa – la capitale – où les manifestants s’étaient réfugiés, menaçant ainsi la vie de nouveau-nés.

Avant les manifestations du 25 février, des responsables du parti au pouvoir ont recruté et payé plusieurs centaines de jeunes gens pour infiltrer les églises, arrêter les prêtres qui tenteraient de participer à des marches après leurs messes, et frapper ceux qui résisteraient. Ces jeunes avaient aussi pour ordre de provoquer violences et désordres afin d’empêcher les marches d’avancer et de « justifier » une réaction brutale des forces de sécurité.

Des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir ont été formés et mobilisés pour provoquer le même genre d’incidents violents pendant les manifestations à venir, selon les déclarations de cinq d’entre eux à Human Rights Watch.

« Pour le moment, nous sommes en stand-by », a déclaré l’un d’eux. « Nous attendons que les Catholiques programment la prochaine manifestation, et alors nous organiserons des contre-manifestations. Cette fois-ci, ce sera terrible. »

Le 25 avril, les forces de sécurité ont brutalement réprimé une manifestation menée par le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) à Beni, dans l’est de la RD Congo, ont arrêté 42 personnes et en ont blessé quatre autres. Le 1er mai, les forces de sécurité ont arrêté 27 activistes pendant une manifestation organisée par la LUCHA à Goma. Le 10 juin, un des principaux activistes de la LUCHA, Luc Nkulula, est mort dans l’incendie suspect de son domicile à Goma.

En parallèle, des représentants du parti au pouvoir mènent effrontée pour le maintien de Joseph Kabila au pouvoir – au mépris de la Constitution et de l’accord de la Saint-Sylvestre signé grâce à la médiation de l’Église catholique, et qui lui interdisent clairement de se représenter. Des bannières et des panneaux ont surgi partout dans le pays avec des messages comme « Joseph Kabila, Président de la RDC : hier, aujourd’hui et demain. » Une vidéo diffusée sur les médias sociaux délivre un message similaire, repris également par des représentants du parti au pouvoir lors d’interviews avec les médias et à l’occasion de ce qui ressemble à des meetings de campagne en faveur du président.

La confiance dans le processus électoral a été sapée encore davantage par l’insistance de la commission électorale nationale (CENI) à imposer l’usage de machines de vote électronique, qui n’ont jamais été testées lors d’une élection en RD Congo et que l’opposition politique et les leaders de la société civile voient comme un outil pour faciliter les fraudes.

Les nombreuses irrégularités soulignées par l’audit du fichier électoral réalisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et notamment les 16,6% de votants enregistrés sans empreintes digitales, ont soulevé des inquiétudes supplémentaires. À tout ceci s’ajoute le sentiment que la CENI n’est pas indépendante, de même que la Cour Constitutionnelle et le système judiciaire de façon plus générale, et le manque de transparence relatif au financement du processus électoral.

Ces préoccupations ont été soulignées dans une déclaration conjointe signée par 177 organisations de défense des droits humains et mouvements citoyens congolais le 4 juin. Des groupes de défense des droits et des experts de l’ONU craignent également que les projets de loi à l’agenda de la session extraordinaire du parlement actuellement en cours ne restreignent de façon drastique la capacité des Congolais et des organisations non-gouvernementales internationales à mener leurs opérations librement et indépendamment en RD Congo.

La crise politique est à l’agenda du sommet de l’Union africaine qui se tient en ce moment. Des visites de hauts dirigeants sont prévues en RD Congo dans les semaines à venir, dont une visite conjointe du Secrétaire Général de l’ONU António Guterres, et du président de la Commission de l’UA Moussa Faki.

« Les visites de hauts dirigeants qui s’annoncent ainsi que les réunions régionales représentent autant d’opportunités cruciales pour délivrer des messages forts et coordonnés au Président Kabila et aux autres principaux responsables congolais », a souligné Ida Sawyer. « Les dirigeants en visite devraient signifier clairement que tous délais supplémentaires dans la tenue des élections du 23 décembre, une candidature de Kabila à sa propre réélection ou encore de nouvelles tentatives d’entraver les candidats de l’opposition sont des actes qui appelleront des conséquences graves. »

Lire la suite sur le blog de Human Rights Watch :

RD Congo: la répression perdure tandis que la date limite fixée pour les élections approche

RDC : des mesures urgentes devraient être prises pour assurer la sécurité au Maniema

Kindu, le 29 juin 2018 – L’Association des Femmes Juristes Congolaises (AFEJUCO) décrie la situation d’insécurité entrainant des cas de tueries, viols et vols à mains armées à Kindu, en territoires de Kabambare et Kasongo dans la province de Maniema. Elle invite l’exécutif provincial à prendre des mesures efficaces pour sécuriser la population.

C’est avec consternation, peine et inquiétude que l’AFEJUCO déplore des cas de tueries, des vol et viols commis par des personnes armées et parfois habillées en tenues militaires. Ces dernières commettent des actes ignobles sur la population de Kindu, Salamabila et Kasongo faisant plusieurs victimes.

Des faits constatés

A Kindu, en plus de quelques cas de vols à mains armées, un cas de mort d’homme a été enregistré au cours du mois de mai 2018.

Le cambiste JAM JAMOUL HAMADI SAIDI a été abattu, à son domicile sur avenue Salamabila, commune et quartier Kasuku, par des hommes armés, non loin d’un bureau de la police dit GEMI. C’était vers 1 heure du matin dans la nuit du 9 au 10 mai 2018. Cet assassinant est intervenu après qu’il ait perçu ses revenus de ristourne au courant de la journée. Ce magot lui a été demandé par les assaillants avant qu’il ne soit tué.

Sur la même avenue du domicile du défunt, il a été découvert une quantité importante des effets militaires dans une maison inhabitée. Dans le lot, 250 cartouches et 6 armes à feu le 1er juin 2018 à 23 heures.

A Salamabila, plusieurs cas d’assassinats ont été signalés en territoire de Kabambare. D’après l’AFEJUCO, cinq personnes ont péri à la suite des visites nocturnes de leurs domiciles par des présumés miliciens ou des éléments de force de sécurité. Ces visites répétitives se sont soldées par des extorsions, bastonnades et tueries. Des sources locales affirment que cette situation est vécue dans cette cité depuis la dernière incursion du 24 mai 2018.

C’est ainsi que Monsieur RASHIDI LUBANDA âgé d’une quarantaine d’années a été victime d’une visite forcée d’un homme armé en tenue militaire le 31 mai 2018 à 22 heures. L’assaillant l’a suivi jusque dans sa chambre avant de lui tirer deux balles. D’après Médecins sans frontière qui le soigne, les deux balles ont traversé deux fois l’estomac et deux fois l’intestin. Heureusement, il n’en est pas succombé. Des soins appropriés lui sont administrés.

Le 1 er juin 2018 à 11 heures, un homme a été abattu sur l’avenue Munemeshwa après avoir reçu deux balles à l’épaule gauche.

En territoire de Kasongo, l’AFEJUCO a déploré un cas de mutilation d’un homme d’une trentaine d’années tué par le MAI MAI MALAIKA à la suite d’un conflit latent du pouvoir coutumier le 4 juin 2018 à Mungomba, village situé à 53 km de Kasongo dans la chefferie de Nonda. Il a été enterré le jour d’après.

Elle dénonce également plusieurs cas de kidnapping dans la chefferie de Nonda et secteur Kasenga.

Pour l’AFEJUCO, cette situation ne permet pas à la population de Kindu, Salamabila et Kasongo de jouir de la paix et quiétude tel que garantie par la Constitution. C’est pourquoi elle recommande :

A l’Exécutif Provincial du Maniema :

De pouvoir mettre en place un mécanisme qui sécurise efficacement la population.

Au Conseil provincial de sécurité  du Maniema :

D’étudier minutieusement cette question sécuritaire en prenant de mesures ou dispositions nécessaires afin de mettre fin à toutes ces barbaries orchestrées en province.

Aux Services de sécurité (Armée, Police, ANR) :

De rétablir et maintenir l’ordre public et la paix dans le respect des textes légaux en protégeant les personnes et leurs biens.

SYC